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dimanche 22 avril 2018

HISTOIRE CONTEMPORAINE DE LA POURRITURE SIONISTE

SOURCE      COMMENTAIRES

ISRAËL ET TERRITOIRES PALESTINIENS OCCUPÉS 2017/2018

Le mois de juin a marqué les 50 ans d’occupation des territoires palestiniens par Israël et le début de la 11e année de son blocus illégal de la bande de Gaza, véritable sanction collective imposée aux quelque 2 millions d’habitants, qui vivent dans une situation d’urgence humanitaire croissante. Les autorités israéliennes ont intensifié l’extension des colonies et des infrastructures qui y sont liées dans toute la Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, et sévèrement restreint la liberté de circulation des Palestiniens. Les forces de sécurité israéliennes ont tué illégalement des civils palestiniens, dont des enfants, et placé illégalement en détention en Israël des milliers de Palestiniens des territoires occupés. Plusieurs centaines d’entre eux ont ainsi été maintenus en détention administrative sans inculpation ni jugement. La torture et les autres mauvais traitements restaient une pratique courante contre les détenus, y compris mineurs, et ce en toute impunité. Israël a continué de démolir des habitations palestiniennes en Cisjordanie et dans des villages palestiniens situés en Israël, et d’en expulser de force les habitants. Des objecteurs de conscience au service militaire ont été emprisonnés. Plusieurs milliers de demandeurs d’asile africains étaient menacés d’expulsion.

Contexte

Les autorités israéliennes ont donné un coup d’accélérateur à l’extension des colonies et à l’appropriation des terres dans les territoires palestiniens occupés. Les initiatives des États-Unis et de la communauté internationale en vue de relancer les négociations ont échoué, et les relations israélo-palestiniennes sont demeurées tendues. Les autorités israéliennes ont adopté en janvier la loi dite « de régularisation », qui a légalisé rétroactivement l’appropriation par les colons de milliers d’hectares de terres détenues par des particuliers palestiniens ainsi que quelque 4 500 maisons de colons. Les autorités israéliennes ont en outre lancé des appels d’offres pour des dizaines de milliers de nouvelles implantations à Jérusalem-Est et dans le reste de la Cisjordanie.
Des Palestiniens ont mené des attaques à l’arme blanche, à la voiture-bélier ou à l’arme à feu, entre autres, contre des Israéliens en Cisjordanie et en Israël. Ces attaques, pour la plupart conduites par des personnes qui n’étaient pas membres de groupes armés, ont coûté la vie à 14 Israéliens et un étranger. Les forces israéliennes ont tué 76 Palestiniens et un étranger. Certains ont été victimes d’homicides illégaux alors qu’ils ne représentaient pas une menace pour la vie d’autrui.
En mars, la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale [ONU] a publié, puis retiré, un rapport établissant qu’Israël était « coupable du crime d’apartheid » contre les Palestiniens. L’UNESCO a adopté en mai une résolution sur la situation de Jérusalem-Est réaffirmant son statut de ville occupée et critiquant la conduite d’Israël. À la suite du meurtre de deux policiers israéliens perpétré par des Palestiniens en juillet, Israël a installé des détecteurs de métaux afin de filtrer les fidèles musulmans voulant accéder au mont du Temple/Haram al Sharif. Ces nouvelles mesures de sécurité ont provoqué un regain de tension et déclenché un mouvement de protestation massif côté palestinien, avec notamment l’organisation de prières collectives, dans toute la Cisjordanie. Ces prières de protestation, qui dans bien des cas ont donné lieu à des interventions impliquant un usage excessif de la force, ont cessé après le retrait des détecteurs de métaux.
En septembre, l’administration de facto du Hamas à Gaza et le gouvernement de « consensus national » en Cisjordanie ont entamé un processus de réconciliation, qui a été rejeté par Israël.
En décembre, en violation du droit international, le président américain Donald Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, suscitant une vague de protestations dans les territoires palestiniens occupés et à travers le monde.

Droit de circuler librement –blocus de Gaza et restrictions en Cisjordanie

Le blocus aérien, terrestre et maritime imposé illégalement par Israël sur la bande de Gaza est entré dans sa 11eannée, marqué par la poursuite des restrictions à la liberté de circulation des personnes et des biens entrant dans le territoire et en sortant, ce qui constituait une sanction collective frappant toute la population de Gaza. Associé à la fermeture quasi totale par l’Égypte du point de passage de Rafah et aux mesures punitives imposées par les autorités de Cisjordanie, le blocus israélien a provoqué une crise humanitaire marquée par des coupures de courant – jusqu’alors disponible en moyenne huit heures par jour, l’électricité a été réduite pour n’être plus accessible que deux à quatre heures par jour, ce qui avait des conséquences sur l’approvisionnement en eau potable et sur les conditions sanitaires, réduisait l’accès aux services de santé et rendait Gaza de plus en plus « invivable » selon les Nations unies. La situation économique à Gaza n’a cessé de se détériorer et la reconstruction des infrastructures civiles détruites pendant le conflit restait très difficile à conduire ; quelque 23 500 Palestiniens contraints de quitter leur foyer lors du conflit de 2014 n’étaient toujours pas rentrés chez eux. Un grand nombre de patients atteints de maladies mettant leur vie en danger n’ont pas pu aller se faire soigner en dehors de Gaza du fait des restrictions imposées par Israël et de la lenteur avec laquelle les autorités de Cisjordanie traitaient les demandes de transfert. Les forces israéliennes ont continué d’imposer une « zone-tampon » à l’intérieur de la frontière de Gaza avec Israël ; elles ont tiré à balles réelles contre des Palestiniens qui y avaient pénétré ou s’en étaient approchés. Quatre fermiers qui travaillaient dans les environs ont ainsi été blessés. Les forces israéliennes ont également fait feu sur des pêcheurs palestiniens qui étaient entrés dans la « zone d’exclusion » le long de la côte de Gaza ou qui s’en étaient approchés ; au moins un pêcheur a été tué et plusieurs autres blessés.
En Cisjordanie, Israël maintenait tout un ensemble de postes de contrôle militaires, de routes de contournement, de zones militaires et de zones de tir, ce qui limitait l’accès et la circulation des Palestiniens. Israël a mis en place de nouveaux barrages et postes de contrôle, en particulier à Jérusalem-Est. En réponse aux attaques palestiniennes contre des Israéliens, les autorités militaires ont imposé des sanctions collectives : elles ont annulé les permis de travail en Israël de proches des agresseurs et ont bouclé des villages et des zones entières, dont Silwad, Deir Abu Mishal et Beit Surik.
À Hébron, les interdictions imposées de longue date – et renforcées en 2015 – limitant la présence des Palestiniens restaient en vigueur. Dans le quartier de Tel Rumeida, une « zone militaire fermée », les forces israéliennes soumettaient les habitants palestiniens à des fouilles oppressives et empêchaient l’entrée des autres Palestiniens, alors qu’elles autorisaient les Israéliens à circuler librement. En mai, Israël a mis en place un nouveau poste de contrôle et une nouvelle clôture dans la zone H2 de Hébron, isolant arbitrairement le quartier palestinien de Gheith et une rue longeant ce quartier.

Arrestations et détentions arbitraires

Des milliers de Palestiniens vivant dans les territoires occupés ont été arrêtés ou maintenus en détention, la plupart dans des prisons situées en territoire israélien, en violation du droit international. De nombreuses familles de détenus, tout particulièrement celles de Gaza, n’étaient pas autorisées à entrer en Israël pour rendre visite à leurs proches.
Les autorités continuaient d’avoir recours à la détention administrative en lieu et place de poursuites pénales, et des centaines de Palestiniens, dont des mineurs, des personnalités de la société civile et des employés d’ONG, étaient maintenus en détention sans inculpation ni jugement en vertu d’ordres de détention renouvelables émis sur la base d’informations qui n’étaient pas communiquées aux intéressés ni à leurs avocats. À la fin de l’année, plus de 6 100 Palestiniens se trouvaient derrière les barreaux en Israël, dont 441 faisaient l’objet d’une détention administrative. Les autorités israéliennes ont également placé en détention administrative six Palestiniens de nationalité israélienne.
En avril, quelque 1 500 prisonniers et détenus palestiniens ont lancé une grève de la faim, qui a duré 41 jours, pour réclamer une amélioration de leurs conditions de détention, la possibilité de recevoir des visites de leurs proches, la fin du placement à l’isolement et de la détention administrative, et l’accès à l’éducation. L’administration pénitentiaire israélienne a sanctionné les protestataires en leur imposant des mesures d’isolement cellulaire, des amendes et des interdictions de visites.
Des Palestiniens de Cisjordanie inculpés d’infractions liées à des mouvements de protestation, entre autres, ont comparu devant des tribunaux militaires appliquant une procédure inéquitable. Des tribunaux civils israéliens chargés de juger des Palestiniens de Jérusalem-Est ou de la bande de Gaza ont prononcé des peines sévères, même pour des délits mineurs.
En avril, la Haute Cour de justice israélienne a rendu une décision visant à réduire les condamnations excessives frappant les Palestiniens dans le cadre de la justice militaire, et a ordonné que la législation soit modifiée en vue de l’application d’un régime de peines moins longues à compter de mai 2018. Les peines resteront néanmoins plus dures que celles applicables dans le cadre de la justice civile israélienne.
Khalida Jarrar, membre du Conseil législatif palestinien et de l’exécutif de l’ONG Addameer, et Salah Hammouri, employé de cette ONG, se trouvaient toujours en détention administrative à la fin de l’année.
Le procès de Mohammed al Halabi, un travailleur humanitaire basé à Gaza, s’est ouvert devant le tribunal de district de Beer-Sheva sur la base d’accusations de détournement de fonds de l’ONG World Vision au profit du Hamas. Aucun élément à l’appui de ces accusations n’a été mis au jour par l’étude menée par le gouvernement australien sur World Vision Gaza, ni par l’audit interne conduit au sein de cette organisation. Mohammed al Halabi a déclaré devant le tribunal qu’il avait été torturé durant son interrogatoire et en détention.

Torture et autres mauvais traitements

Des membres de l’armée, de la police et de l’Agence israélienne de sécurité ont torturé et maltraité des détenus palestiniens, y compris des mineurs, particulièrement au moment de leur interpellation et pendant les interrogatoires, et ce en toute impunité. Parmi les méthodes signalées figuraient les coups, les gifles, le maintien sous entrave ou dans des positions douloureuses, la privation de sommeil et les menaces. Plus de 1 000 plaintes enregistrées depuis 2001 n’avaient fait l’objet d’aucune enquête pénale. Les plaintes faisant état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements infligés par des policiers israéliens à des demandeurs d’asile et à des membres de la communauté éthiopienne en Israël restaient fréquentes.
En décembre, la Haute Cour de justice israélienne a validé la décision du procureur général de ne pas ouvrir d’instruction judiciaire sur les allégations de torture formulées par Asad Abu Ghosh, malgré l’existence de preuves crédibles. Ce faisant, elle a cautionné la poursuite de la pratique consistant à placer les détenus palestiniens dans des situations douloureuses et à les priver de sommeil durant les interrogatoires.

Homicides illégaux

Durant l’année, des soldats, des policiers et des agents de sécurité israéliens ont tué au moins 75 Palestiniens des territoires palestiniens occupés, y compris à Jérusalem-Est, et cinq Palestiniens de nationalité israélienne. Certains des Palestiniens tués ont été abattus alors qu’ils attaquaient des Israéliens ou qu’ils étaient soupçonnés de vouloir mener de telles attaques. Beaucoup d’entre eux, dont des mineurs, ont été la cible de tirs dans des circonstances où ils ne représentaient pas une menace imminente pour la vie d’autrui, et ont donc été victimes d’un homicide illégal. Certains homicides, tel celui de Yacoub Abu al Qian, abattu dans sa voiture par des policiers à Umm al Hiran en janvier, étaient selon toute apparence des exécutions extrajudiciaires.

Recours excessif à la force

Les forces israéliennes, y compris des commandos infiltrés, ont fait un usage excessif de la force, dans certains cas meurtrière, contre des manifestants palestiniens dans les territoires palestiniens occupés, tuant au moins 20 personnes et en blessant des milliers d’autres par des tirs à balles réelles et des tirs de balles métalliques recouvertes de caoutchouc. Dans de nombreux cas, les manifestants abattus jetaient des pierres ou d’autres projectiles, mais ne menaçaient pas la vie des soldats israéliens, qui étaient bien protégés. Dans le contexte des tensions liées aux événements du mont du Temple/Haram al Sharif en juillet, les autorités ont tué 10 Palestiniens et en ont blessé plus d’un millier lors de la dispersion des manifestations ; elles ont conduit au moins deux opérations violentes dans l’hôpital Al Makassed de Jérusalem-Est. En décembre, Ibrahim Abu Thuraya, handicapé se déplaçant en fauteuil roulant, a été tué d’une balle dans la tête par un soldat israélien alors qu’il était assis avec un groupe de manifestants près de la barrière séparant Gaza d’Israël.

Liberté d’expression, d’association et de réunion

Les autorités ont eu recours à toute une série de mesures, en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, à l’encontre des défenseurs des droits humains qui dénonçaient la poursuite de l’occupation israélienne.
La Knesset a adopté en mars une modification de la Loi relative à l’entrée en Israël, qui interdisait l’entrée en Israël et dans les territoires palestiniens occupés à toute personne soutenant – ou travaillant pour – une organisation ayant appelé, ou encouragé, un appel au boycott d’Israël ou des entités israéliennes, y compris des colonies. Les autorités continuaient de faire obstacle aux tentatives des défenseurs des droits humains de recueillir des informations sur la situation en leur refusant l’autorisation de pénétrer dans les territoires palestiniens occupés ; cela a notamment été le cas du rapporteur spécial des Nations unies sur la situation dans les territoires palestiniens occupés. Un employé d’Amnesty International s’est vu opposer un refus d’entrée après avoir été interrogé sur le travail mené par l’organisation au sujet des colonies.
Les autorités ont invoqué la législation relative à l’ordre public à Jérusalem-Est, et des ordonnances militaires dans le reste de la Cisjordanie, pour interdire et réprimer des manifestations de Palestiniens, ainsi que pour arrêter et poursuivre pénalement des manifestants et des défenseurs des droits humains. Les procès devant la justice militaire d’Issa Amro et de Farid al Atrash se sont ouverts en juillet. Ces militants palestiniens des droits humains étaient jugés pour des chefs liés à leur rôle dans l’organisation de manifestations pacifiques contre la politique de colonisation israélienne. Les autorités israéliennes ont continué de harceler d’autres défenseurs des droits humains d’Hébron, notamment Badi Dweik et Imad Abu Shamsiya, et ne les protégeaient pas contre les attaques des colons.
L’écrivain Ahmad Qatamesh a été maintenu en détention entre mai et août en vertu d’un ordre de détention administrative de trois mois émis par les autorités israéliennes. Cet homme emprisonné uniquement en raison de ses écrits et de ses activités politiques non violentes était un prisonnier d’opinion.
Les ONG palestiniennes de défense des droits humains, notamment Al Haq, Al Mezan et Addameer, étaient en butte à un harcèlement de plus en plus important de la part des autorités israéliennes. Dans une démarche qui visait de toute évidence à le réduire au silence, celles-ci ont ouvert une enquête fiscale contre Omar Barghouti, une figure de la campagne en faveur du boycott, du désinvestissement et des sanctions.
Plusieurs organisations israéliennes de défense des droits humains, dont Breaking the Silence, B’Tselem et Amnesty International Israël, ont elles aussi été la cible de manœuvres du gouvernement visant à saper leur travail – propos diffamatoires, stigmatisation et menaces.

Droits en matière de logement – expulsions forcées et démolitions

En Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est, les autorités israéliennes ont procédé à un grand nombre de démolitions de biens appartenant à des Palestiniens, dont 423 habitations et bâtiments construits sans permis israélien – celui-ci étant toujours pratiquement impossible à obtenir pour un Palestinien. Plus de 660 personnes ont ainsi été expulsées de force. Beaucoup de démolitions ont eu lieu dans des communautés bédouines et pastorales que les autorités israéliennes voulaient déplacer contre leur gré. Les familles de Palestiniens qui avaient mené des attaques contre des Israéliens ont subi des sanctions collectives : les autorités ont démoli ou rendu inhabitables leurs maisons, expulsant ainsi de force une cinquantaine de personnes.
À Sheikh Jarrah (Jérusalem-Est), les autorités israéliennes ont expulsé de leur maison huit membres de la famille Shamasneh, et ont autorisé des colons israéliens à s’y installer. Elles ont par ailleurs démoli des dizaines d’habitations palestiniennes en Israël, affirmant qu’elles avaient été construites sans permis, notamment dans des villes et villages palestiniens du Triangle, en Galilée et dans des villages bédouins « non reconnus » de la région du Néguev/Naqab. En janvier, la police israélienne a démoli contre le gré des habitants le village bédouin d’Umm al Hiran, afin d’édifier une ville juive sur les lieux. En avril, la Knesset a adopté une loi qui augmentait les amendes pour les constructions sans permis, imposait des frais de démolition très élevés aux personnes dont les maisons avaient été détruites, et limitait les possibilités de recours devant les tribunaux pour les personnes souhaitant contester un ordre de démolition ou d’expulsion. En août, les autorités ont démoli pour la 116e fois le village d’Al Araqib, dans le Néguev/Naqab. Les habitants ont reçu l’ordre de verser 362 000 nouveaux shekels (environ 100 000 dollars des États-Unis) à l’État en compensation du coût de la démolition et des frais d’avocat.

Impunité

Plus de trois ans après la fin du conflit de Gaza (2014), durant lequel quelque 1 460 civils palestiniens avaient été tués (bon nombre d’entre eux dans des attaques manifestement illégales dont certaines constituaient des crimes de guerre), les autorités n’avaient toujours mis en accusation que trois soldats, pour pillage et obstruction au bon déroulement d’une enquête.
En janvier, un tribunal militaire israélien a déclaré le soldat Elor Azaria coupable d’homicide involontaire sur la personne d’un Palestinien. Ce type de décision était rare et a concerné en l’espèce un militaire qui avait de toute évidence exécuté de manière extrajudiciaire un Palestinien blessé à Hébron, sous les yeux des caméras. Sa condamnation a été confirmée en appel, ainsi que sa peine de 18 mois d’emprisonnement. Peu conforme à la gravité du crime perpétré, celle-ci a en outre été réduite de quatre mois par le chef d’état-major de l’armée en septembre. Les autorités israéliennes n’ont pas mené d’investigations, ou ont classé des enquêtes, concernant des allégations d’homicides illégaux de Palestiniens par les forces israéliennes en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.
La procureure de la Cour pénale internationale a poursuivi son examen préliminaire des crimes présumés au regard du droit international perpétrés dans les territoires palestiniens occupés depuis le 13 juin 2014.

Violences faites aux femmes et aux filles

De nouvelles informations ont fait état de violences contre les femmes ; la population palestinienne d’Israël était particulièrement touchée. En juin, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la violence contre les femmes a publié des recommandations appelant les autorités israéliennes à mener des réformes juridiques et politiques afin d’intégrer les normes de la Convention sur les femmes, à prévenir et combattre la violence contre les femmes en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, et à enquêter sur les allégations de violences.

Déchéance de la nationalité

Le 6 août, le tribunal de district de Haïfa a confirmé la décision de déchéance de nationalité prononcée à l’encontre d’Alaa Zayoud, rendu apatride par le ministre de l’Intérieur après avoir été condamné pour une tentative de meurtre. Un recours contre cette décision était en instance devant la Cour suprême à la fin de l’année. Les autorités ont par ailleurs déchu de leur nationalité, sans procédure officielle ni possibilité de recours, des dizaines de Bédouins palestiniens habitant dans la région du Néguev/Naqab, les réduisant ainsi à la condition de résidents apatrides.

Personnes réfugiées ou demandeuses d’asile

Les demandeurs d’asile, dont plus de 90 % étaient originaires d’Érythrée et du Soudan, continuaient de se voir barrer l’accès dans un délai raisonnable à une procédure équitable de détermination du statut de réfugié. À la fin de l’année, plus de 1 200 demandeurs d’asile étaient maintenus en détention dans le centre de Holot et dans la prison de Saharonim, dans le désert du Néguev/Naqab. Selon des militants, Israël comptait sur son territoire plus de 35 000 demandeurs d’asile ; 8 588 demandes d’asile étaient toujours en attente d’examen. En décembre, la Knesset a adopté une modification de la Loi relative à la prévention de l’infiltration qui obligeait les demandeurs d’asile et les réfugiés à accepter une réinstallation dans un pays d’Afrique sous peine d’être emprisonnés. Plusieurs milliers d’entre eux étaient menacés d’expulsion.

Objecteurs et objectrices de conscience

Au moins six objecteurs de conscience israéliens – Tamar Zeevi, Atalia Ben-Abba, Noa Gur Golan, Hadas Tal, Mattan Helman et Ofir Averbukh – ont été emprisonnés pour avoir refusé d’effectuer leur service militaire. Les autorités israéliennes ont reconnu Tamar Zeevi comme objectrice de conscience et l’ont libérée de ses obligations militaires après 100 jours d’incarcération.

UN PEU DE DOUCEUR DANS CE MONDE DE BRUTES

LA GUERRE DES PIEDS NICKELÉS par BRUNO GUIGUE

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Salve de missiles dans le ciel de Damas : le nouveau forfait d'un Occident en mal d'hégémonie

© Handout
Pour Bruno Guigue, les frappes de Washington, Paris et Londres sur la Syrie sont une «pluie de pétards mouillés». Dénonçant un Occident «en mal d'hégémonie», l'analyste estime que cette manœuvre ne changera rien : les ennemis de Damas ont perdu.
C’est fait. Le gang Washington-Paris-Londres vient de bombarder la Syrie. Abdiquant toute pudeur, l’habituel trio d'experts en coups tordus a expédié ses engins de mort sur un Etat-membre des Nations unies. A grand renfort de missiles, un Occident déclinant a joué les durs à distance, se gardant bien d’affronter sur le terrain un adversaire qui lui mettrait une bonne fessée. En attaquant l’appareil militaire syrien, cette coalition étriquée conduite par des pantins vaniteux a cru que sa quincaillerie de luxe lui permettrait de s’imposer. Mais c’est oublier que la donne stratégique change à toute vitesse. En matière militaire, il y a loin de la coupe aux lèvres, surtout lorsque l’objectif à atteindre est fantasmatique. Expérimentée sous la présidence de Bill Clinton, la technique des frappes chirurgicales vient de connaître un nouvel avatar, dont il n’est pas sûr qu’il soit le plus réussi.
N’en déplaise à des dirigeants auto-satisfaits, cette opération-éclair a brillé par sa nullité et sa fourberie politique n’a eu d’égale que son inanité militaire. En réalité, le bilan est proche de zéro. Aucun résultat opérationnel, aucun impact psychologique, aucun intérêt politique. Ce fut tout juste une pluie de pétards mouillés sur Damas, un exercice d’entraînement grandeur nature pour la défense anti-aérienne syrienne, un tir au pigeon où le missile occidental, ce joujou prétentieux, a fini par jouer le rôle du pigeon. Les «beaux missiles» de Trump ont fini en morceaux, pitoyables tas de ferraille destinés au futur musée de l’impérialisme à Damas. Ce résultat est d’autant plus significatif que la Défense contre avions (DCA) syrienne a combattu seule l’agresseur étranger, sans l’aide de ses alliés, même si l’appui technique russe a sans doute joué un rôle décisif.
Même désastre sur le plan de la guerre psychologique. On ne s’imaginait quand même pas, à Washington, Londres et Paris, que le peuple syrien serait tétanisé par cette lâche agression. Elle a plutôt produit l’effet inverse, car la couardise de l’adversaire, en général, consolide le moral des troupes. Les premières images en provenance de Damas furent celles d’une population souriante, brandissant fièrement le drapeau national et le portrait du président Bachar Al-Assad. Les trois pieds nickelés de la géopolitique n’impressionnent pas les Syriens. En détruisant les trois quarts des missiles ennemis, la défense anti-aérienne syrienne a résumé à sa façon la réponse de ce peuple courageux à l’agresseur néo-colonial. La DCA de l’armée arabe syrienne est comme la métaphore d’un peuple qui résiste victorieusement, depuis 2011, à une tentative de destruction multiforme.
Bien entendu, les fauteurs de guerre occidentaux ont fait tourner les rotatives d’une propagande mensongère pour tenter de justifier leur entreprise erratique. Mais la supercherie a fait long feu. Il s’agissait, dit-on, de punir le régime syrien pour l’emploi de l’arme chimique contre les civils de la Ghouta. Mais où sont les preuves détenues par les trois agresseurs ? On nous répond qu’elles sont accablantes mais qu’il est impossible de les communiquer, car elles sont «classifiées». Un enfant de quatre ans comprendrait le stratagème. S’il y a des «preuves», au demeurant, on pourrait les trouver sur place, et c’est pourquoi l’Organisation internationale pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a accepté l’invitation du gouvernement syrien. Mais le jour même de l’arrivée de ces experts, le trio occidental a bombardé Damas. Inutile de faire un dessin : quand on accuse sans preuves un coupable désigné d’avance, on n’a pas besoin d’enquête.
En réalité, la politique belliciste d’un Occident en mal d’hégémonie pourrit tout ce qu’elle touche. Elle brandit les droits de l’homme, mais c’est pour soutenir les terroristes. Elle chante les louanges du droit international, mais c’est pour mieux l’anéantir. Elle parle de démocratie, mais elle la viole à domicile tout en déniant aux autres nations le droit à l’autodétermination. Quand Macron annonce qu’il va «punir» le président syrien lors d’une conférence conjointe avec le prince héritier d’Arabie saoudite, il se moque du peuple français. La triplette belliciste USA/France/Grande-Bretagne est comme la grenouille qui veut être plus grosse que le bœuf. Elle s’imagine qu’elle est le centre du monde alors qu’elle en est l’appendice. Elle est seulement le club de l’oligarchie occidentale, mais elle se prend pour la «communauté internationale». Et lorsque le monde assiste médusé à une fanfaronnade où le criminel le dispute au grotesque, elle s’imagine qu’elle a remporté une victoire. Cette salve de missiles sur la Syrie ne changera rien au cours des événements. La Ghouta est libérée et les autres provinces le seront bientôt. La guerre à distance menée par les ennemis de la Syrie est perdue d’avance.


Couverture de Les pieds Nickelés - La collection (Hachette) -32- Les Pieds Nickelés soldats

vendredi 20 avril 2018

TOC, TOC, QUI C'EST ? C'EST LA FRAPPE CHIRURGICALE

SOURCE 

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L’horreur des bavures, décrite par un grand reporter

Toc,toc ! Qui c’est ? C’est la frappe chirurgicale.

D'être vieux comme un naufrage me vaut d'avoir vécu quelques "représailles" de l'histoire. Ces opérations du genre bistouri à la Kouchner sont toujours des catastrophes qui s'empilent. Souvenirs.
Le 23 octobre 1983 à Beyrouth, à une heure si matinale que les rues ne sont occupées que par des plastiqueurs et les petits marchands de café, l’ami libanais, le frère, qui m’aide dans mon travail me téléphone : « Vite, le PC des français vient de sauter... je viens te chercher ». Je n’ai pas le temps de me raser, mais de faire un tour par le toit-terrasse de l’hôtel Commodore. Le pied à peine posé sur les dalles de bitume, un bruit d’apocalypse et une fumée de diable me bouchent l’horizon. Visiblement une seconde bombe vient d’exploser... Mohamed, mon homme essentiel, est déjà devant l’entrée de l’hôtel avec sa vieille Mercedes bleu ciel, toujours lustrée. Quelques mois plus tard Mohamed sera assassiné par les troupes israéliennes.
Peu de temps après les premiers nous arrivons au Drakkar, immeuble au sud de la ville. « Tu sais qu’ils ont aussi fait sauter les Américains à l’aéroport ? ». « Ben non ! Alors on y va ». Là-bas, un grand bâtiment annexe qui sert au stockage et la maintenance des avions n’est plus qu’un millefeuille très à plat. Etonnant changement de cap, la guerre n’est plus une affaire entre Arabes, entre Israéliens et musulmans, voilà qu’elle liquide les forces vives de la « coalition internationale », des Français et des Étasuniens. Cinquante-huit soldats tricolores meurent au Drakkar, deux cent quarante un GI à l’aéroport. Mitterrand se précipite pour montrer « la détermination de la France », tandis que Reagan ordonne à ses survivants de rentrer au pays
Le 17 novembre suivant dans la Bekaa, en représailles, la France bombarde la caserne Cheikh Abdallah occupée par des Gardiens de la Révolution iranienne et des miliciens du Hezbollah. Bilan deux morts, un berger et son âne.
Quelques temps plus tard, afin de châtier aussi les Syriens – quand on n’aime pas on ne compte pas – c’est le futur commandant Mafart, héros de l’affaire Greenpeace qui dirige à Damas un commando chargé de faire exploser le siège du parti Baas. Manque de lunettes ? L’équipe se trompe d’adresse et envoie au ciel une kyrielle de citoyens sans histoire. Deux ans plus tard, à Beyrouth, la CIA venge elle aussi ses pioupious étoilés, et tente de faire sauter le cheikh Fadlallah, chef caché du Hezbollah... Le religieux n’est même pas ébouriffé par le souffle, mais 80 de ses voisins trouvent la mort.
Tout cela pour vous dire que les représailles, type Macron-Le Drian, et autres experts du biniou, c’est d’abord dangereux pour les équidés et les voisins.
En 1991 les Étasuniens bombardent l’abri d’Amiriya à Bagdad. Là encore c’est un ami indigène qui me sort du lit : « Vite, ils ont bombardé un abri... ». Dix minutes plus tard nous sommes devant le cube de béton chauffé par le feu des missiles. De l’intérieur on va sortir 408 corps d’enfants de femmes et de vieillards. La « bavure » de la « frappe » dite « chirurgicale » est énorme, un crime de guerre. Et je ne suis pas très fier d’avoir en poche un passeport de la Communauté bombardeuse.
Heureusement, depuis ma radio ondes courtes je peux capter la vérité venue de Paris, Londres ou Washington. Les journalistes et experts sont d’accord. L’abri d’Amiriya était un objectif militaire utilisé par Saddam Hussein pour se cacher ! A entendre cela, les oreilles m’en tombent. Même le « Jane’s », le super dico qui vous détaille les outils liés à la guerre, est formel, cet abri de Bagdad est bien un « shelter », l’un des 17 édifices civils qui permettent à la population de la capitale irakienne de se protéger des missiles venus d’Iran. Ici donc ni Saddam ni rien de militaire. Mais pas d’excuses, pas de procès, pas de vengeance... N’est-ce pas une chance que de mourir sous le feu de la liberté et de la justice. OTAN en emporte de vent.
Et pourtant, ça bégaie, sa radote sur les ondes. « Saddam caché entre les femmes et les enfants ». « Bullshit » comme on dit au Texas. L’US Air Force, soit intoxiquée, soit froidement, pour tester un missile face à deux mètres de béton, a cyniquement assassiné 408 irakiens qui, signalons-le, étaient aussi des êtres humains !
En 1998 le grand bombing circus de la Communauté internationale plante sa toile au Kosovo. Allons-y gaiment dans les représailles. Contre des ennemis de BHL et de Plenel, donc des ennemis de l’Humanité. Près d’un pont voisin de Pristina, dans la nuit, je crapahute dans un pâturage. Là-haut un bus se rendant à Nis a été confondu avec un char serbe (26 morts). Et j’éprouve alors, dans l’herbe, l’étrange sensation qu’il y a à marcher sur le bras arraché d’un enfant.
Autres représailles plus au sud du Kosovo. Cette fois, les pilotes d’élite ont pris une colonne de tracteurs pour un défilé de chars. Les engins agricoles sont réduits en mâchefer et la soixantaine de corps en boulets de charbon. Le principal étant que la démocratie naisse enfin dans la poussière d’uranium appauvri. Ce qui, à la longue, doit donner de bien jolies fleurs.
Jacques-Marie BOURGET

samedi 14 avril 2018

POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS

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L’escouade d’Hollywood

Cette fois, l’Observatoire des Droits de l’Homme syrien qui, depuis 2011, a donné toute sorte d’informations sur les exactions de l’horrible dictateur Bachar Al Assad contre son peuple à partir de son arrière boutique de Londres n’a pas relayé l’attaque au gaz de Douma ce 7 avril 2018. Ni le Croissant Rouge syrien ni la coordination de l’ONU en Syrie, présents tous deux dans la Ghouta orientale, n’ont été en mesure de confirmer l’existence de victimes d’une intoxication aux armes chimiques.
Seuls les Casques Blancs, primés par le cinématographe mondial d’Hollywood qui a reconnu là l’un des siens, ont diffusé des imagesde corps amoncelés et d’enfants dénudés avec un masque censé délivrer de l’oxygène en guise d’assistance ventilatoire. Ils ont également fourni le filmde la dévastation d’un appartement au toit défoncé par la chute d’un obus intact gisant dans un lit qui n’a pas souffert de dommages de la part d’une masse atterrie brutalement sur lui. Il semble que dans ce cas, la mise en scène a choisi de présenter les effets de gaz suffocants non neurotoxiques. Ceux-ci sont doués  d’un fort pouvoir rémanent, les symptômes cliniques qu’ils produisent sont difficiles à mimer et ils obligent de plus à une protection drastique des sauveteurs, jusque là négligée dans la post production des Casques Blancs. Le chlore et autres agents vésicantsgénèrent des risques de mort immédiate mais aussi des effets retardés de plusieurs heures redoutables liés à l’œdème résultant des brûlures de l’arbre respiratoire et des alvéoles pulmonaires.
Le 7 avril, il aurait été dénombré 48 morts parmi les 500 personnes atteintes par les armes chimiques. La sincérité d’une telle allégation doit être mesurée à l’enquête sur le devenir des 452 personnes rescapées. Les observations diligentées par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques devra s’y intéresser et exposer publiquement et de manière argumentée leur devenir. Plusieurs jours plus tard, les gaz même si plus denses que l’air prétendument utilisés auront été dispersés mais les lésions et séquelles inévitables des désordres anatomiques induits sont identifiables longtemps après.

L’opération faux drapeau prévue et non prévenue

Quelques arguments militent en faveur d’une infiltration des agents de la propagande djihado-occidentales par le renseignement syrien et russe. Au cours du mois de mars, le gouvernement russe a annoncé être au courant d’une préparation en cours d’une provocation sous forme d’attaque chimique sous faux drapeau. Des citoyens syriens et des membres du personnel de l’hôpital de Douma témoignent de l’irruption d’inconnus dans la ville faisant irruption dans l’établissement munis de caméras et arrosant d’eau des personnes présentes. (Ici à partir de la troisième minute.) Des médecins du seul hôpital de la ville attestent n’avoir reçu aucun patient atteint d’une intoxication à des gaz toxiques.

La manipulation

Les Occidentaux comptent sur l’effet d’horreur déclenchée par l’évocation ‘gaz et armes chimiques’ et  liée dans la construction d’un inconscient collectif autour de l’extermination nazie, toujours mise en avant dans les mass medias et les programmes scolaires comme la quintessence du Mal. Un tel effet de sidération n’a jamais été obtenu avec les agents exfoliants fabriqués par Monsanto et délivrés par les bombardiers américains sur le Vietnam, tuant des civils par centaines de milliers et détruisant la végétation et stérilisant les sols pour des siècles. Ni avec l’usage d‘armes chimiques encore plus sophistiquées et non identifiées à Gaza en ce moment pour réprimer une population qui se révolte contre sa situation d’assiégée sous blocus. Pas plus le phosphore blanc étasunien à Fallouja en 2004ni l’israélien à Gaza en 2009n’ont ému en leur temps la communauté internationale de la même manière.

Propagande, l’ascension

L’attaque dans la nuit du 13 au 14 avril de la Syrie par la coalition des Usa et de ses vassaux britanniques et français est venue couronner celle de montée médiatique irrésistible contre le camp syrien et ses alliés. Le mois de mars a été marqué par les condamnations de la Russie dans l’affaire Skripal, dont le père, la fille ainsi que leur chat et leurs deux hamsters ont fait les frais. Les humains ont survécu à l’ingestion de moules contaminées par des saxitoxinesmais pas les animaux domestiques qui ont dépéri dans leur résidence mise sous scellés. Puis vint à point nommé le relai occasionné par les trois obus de chlore largués depuis des hélicoptères de l’armée arabe syrienne.  Celle-ci était en voie d’achever la libération totale de la Ghouta orientale des mercenaires qui l’occupaient depuis 2012 et la soumettaient à une économie de pénurie et de contrebande.
La montée de la propagande et l’agencement des scénarios ont encadré le long périple du successeur auto-désigné au trône du troisième royaume des Séoud en Ocident.

Du bruit

La démonstration de force, menée depuis les bases étasuniennes dans ses quasi-colonies arabes du Golfe, s’est limitée à détruire des sites inoccupés et n’a pas fait de victimes humaines en dehors de quelques blessés.
Elle a pris un soin extrême à ne toucher aucune cible russe.
Elle a démontré l’efficacité de vieux systèmes anti-missiles soviétiques utilisés par l’armée syrienne avec un taux d’efficacité de 71 missiles détruits sur 101.
Elle se devait de punir le succès des forces syriennes qui ont chassé les mercenaires à l’Ouest de Damas, leurs bandes sont désormais cantonnées à Idlib.
Les trois pays concernés par les ventes d’armes aux pays arabes du Golfe ont offert ce spectacle comme garantie de leur engagement en faveur des pétro-monarques de moins en moins enclins à croire en l’efficacité de leur arsenal. Ils se sont ridiculisés. Mais en jouant ainsi leur piètre numéro, ils espèrent maintenir l’atmosphère de tension nécessaire à leur funeste commerce. Ils appliquent ainsi leur doctrine en adéquation avec leurs objectifs et leurs moyens, pas de conflagration mondiale, mais conflits régionaux de moyenne à faible intensité toujours en cours.
En attendant la chute du dollar, beaucoup de pays périphériques risquent encore de souffrir de cette confrontation entre une Eurasie en montée de puissance irrépressible et cet Occident fané et sans crédit, sinon celui du mensonge et de la tromperie terriblement difficiles à contrer tant leurs peuples sont ‘zombifiés’.

Badia Benjelloun

NOTES D'UN PROMENEUR AU BORD DES ABYSSES

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14 avril 2018 – Ainsi donc, l’attaque a bien eu lieu et, il faut aussitôt le noter, bien plus vite qu’on ne le prévoyait selon le climat qu’on percevait, après un début de séquence (week-end dernier) où l’ont attendait d’abord une attaque immédiate et masive avant de voir les chicayas s’installer. Marco Marjanovic, de Russia Insidery voit le triomphe de la thèse des “modérés”, et notamment de celui qu’il désigne un peu audacieusement, c’est-à-dire ironiquement comme on doit l’entendre, comme le “président Mattis”, le secrétaire à la défense qui a constamment plaidé pour une frappe très limitée contre la Syrie, évitant soigneusement toute possibilité de blesser un soldat russe, voire d’empiéter sur les territoires syriens que les Russes contrôlent et couvrent de leur propre défense aérienne.
« 120 missiles de croisière ont été tirés sur trois sites et c'est tout... En d'autres termes, la campagne de frappes puissantes et soutenues que Trump voulait initialement n’a pas eu lieu. Le jugement du président Mattis a prévalu et l’avertissement des Russes qu’ils riposteraient s’ils étaient mis en danger a été entendu. »
Pour suivre cette introduction lapidaire, on observera que l’on sait fort peu de choses aujourd’hui, quelques heures après l’attaque, sur les intentions existant pour la suite, s’il y en a, d’une part ; que l’attaque a permis une fois de plus de montrer que la défense anti-aérienne syrienne (et syrienne-seulement, sans l’aide des Russes) semble avoir montré une certaine efficacité dont il reste encore à mesurer l’ampleur.
(Selon le ministère de la défense russe, cette efficacité a été réelle et a permis d’intercepter “la majorité” des missiles de croisières tirés. Puis des précisions beaucoup plus détaillées de ce même ministère, et fort impressionnantes, et laissant envisager que les Russes auraient livré des S-300 à la Syrie : 71 des 103 cruise missiles (et non 120) tirés ont été interceptés. Ces affirmations peuvent évidemment être discutée et elles le seront sans nul doute ; il n’empêche qu’elles illustrent une très grave préoccupation qui doit exister du côté du bloc-BAO sur la question de la défense aérienne, et bien plus encore si les Russes devaient un jour être impliqués.)
Le climat et les conditions, essentiellement à Washington, ayant présidé à ces tirs de la nuit de vendredi sont bien mieux illustrés par quelques remarques de WSWS.org de ce 14 avril. En effet, on y retrouve aussi bien les facteurs de désordre, de confusion à l’intérieur de l’administration et autour d’elle, que ceux de l’intime proximité des deux grandes crises washingtoniennes actuelles résumées dans une colossale “crise du pouvoir” à “D.C.-la-folle”. A côté de la crise syrienne, il y a la crise de la présidence au travers des attaques lancées contre Trump, qui connaissent un regain d’une très grande puissance depuis lundi et la perquisition du FBI chez l’avocat du président.
« Le caractère frauduleux de l’agression [de l’attaque contre la Syrie de la nuit de vendredi] a été souligné peu après la diffusion de la déclaration de Trump, lors de la conférence de presse qui a suivi par son secrétaire à la Défense, le général Jim Mattis. Mattis n’a pas pu fournir de détails cohérents quant aux accusations américaines. En outre, contredisant le vœu du président de mener une campagne prolongée contre la Syrie, le général semble indiquer qu'il n'y aurait plus d’action en dehors des frappes de missiles qui ont déjà eu lieu.
» Soulignant la désunion, le désarroi et la crise de toute l'administration, le discours national de Trump a été prononcé quelques heures seulement après que les médias américains aient couvert les allégations de James Comey, ancien directeur du FBI, selon lesquelles le président serait un menteur en série et un pervers sexuel, à la manière d’un “capo” de la mafia. »

La lourde charge de la preuve

Ce désordre intérieur si significatif de la situation nous a déjà valu des épisodes assez comiques, lorsque les mensonges s’échangent contre des vérités de circonstance, lorsque les alliés indéfectibles se contredisent sur des choses aussi précises que la preuve de la culpabilité d’Assad dans l’attaque chimique dont l’on sait déjà, avant toute preuve, qu’elle est le fait d’Assad même s’il reste encore à “prouver” qu’elle (l’attaque chimique) a bien eu lieu... Pourtant “non, pas vraiment, rien n’est sûr”, dit Mattis devant le Congrès. Mais si, mais si, “nous avons la preuve” dit Macron au doux et champêtre Jean-Pierre Pernaut. Cela se passait parfaitement en même temps, jeudi, à un continent d’intervalle. Les citations constitueront les preuves de la belle entente et coordination des alliés, et l’unanimité de perception de ce qu’est exactement une “preuve”.
• Le général Mattis, déposant devant une commission sénatoriale, jeudi dans la matinée (heure de Washington) : 
« Le secrétaire à la Défense, James Mattis, a déclaré aux législateurs américains jeudi que le Pentagone n'avait aucune preuve que le chlore ou le sarin avait été utilisé dans la ville syrienne de Douma. Mattis a poursuivi en disant que la majorité des revendications provenaient des médias et des médias sociaux – en d'autres termes, les tensions croissantes entre les superpuissances nucléaires au sujet d'une attaque chimique présumée en Syrie, se rapprochant de la troisième guerre mondiale, ont été basé sur ZERO preuves, sinon les rapports des réseaux sociaux [si souvent qualifiés de porteurs de FakeNews]...
» “Il y a eu un certain nombre de ces attaques. Dans de nombreux cas, vous savez que nous n’avons pas de troupes, nous ne sommes pas engagés sur le terrain, donc je ne peux pas vous dire que nous avons des preuves, même si nous avons beaucoup d'indications des médias et des réseaux sociaux selon lesquelles le chlore ou le sarin a été utilisé”, a déclaré M. Mattis, s'adressant aux membres du Comité des forces armées de la Chambre jeudi. Le secrétaire à la défense a déclaré qu'il croyait qu'une attaque chimique avait eu lieu, mais que les États-Unis “cherchaient toujours la preuve réelle”. “Nous évaluons toujours le renseignement, nous-mêmes et nos alliés. Nous travaillons toujours là-dessus ”. »
• Macron, à peu près en même temps si l’on ajuste bien le décalage horaire... « Le président français Emmanuel Macron est l'invité du journal de 13h de TF1 ce jeudi. C'est depuis le village de Berd'huis, une petite commune de l’Orne de 1.100 habitants, qu'il a répondu aux questions de Jean-Pierre Pernaut. Premier sujet abordé : la situation en Syrie où le régime de Bachar el-Assad est accusé d'avoir une nouvelle fois utilisé des armes chimiques contre les civils. “Nous sommes présents en Syrie pour lutter contre le terrorisme, contre Daech, affirme Emmanuel Macron. C’est depuis la Syrie que les attentats ont été organisés. Les différentes guerres qui sont en train de se jouer ne peuvent pas tout permettre. Nous avons la preuve que, la semaine dernière, des armes chimiques ont été utilisées par le régime de Bachar Al-Assad. Nous aurons des décisions à prendre en temps voulu.” »
Si nous donnons cet exemple somme toute assez ironique et très révélateur, notamment du sérieux de la définition de ce qu’est une preuve dans une telle équipée, et l’importance réelle qu’on peut lui accorder, c’est pour donner une indication, – elle sera évidemment sans surprise, – sur le sérieux des relations de coordination de la communication dans cette grande démonstration de solidarité. Au reste, cette question du “sérieux” qui peut être résumée par le mot “désordre” vaut aussi bien entre les ministères, à “D. C.-la-folle”, puisque, à côté du puissant Pentagone qui dit qu’il n’y a pas de “preuve”, il y a le département d’État, par ailleurs privé de tête pour l’instant, qui fait dire par sa charmante porte-parole que, si si, il y a “des preuves”, mais qu’elles sont, – surprise, surprise, – bien entendu classées “Secret-Confidentiel” et n’ont donc pas à être révélées.
Observons enfin que pour ce qui est de ce fameux domaine des “preuves”, de leur existence, éventuellement de leur fabrication, de leur utilisation, il n’est pas nécessaire d’épiloguer longuement à cet égard. La chose est à l’image de l’époque : simulacre, désordre, aveuglement, absence complète de la cohésion des décisions à prendre et des actions à entreprendre. Le Rien saupoudrée du discours lancinants d’alignement conformiste des porte-paroles aussi bien que des présidents en exercice de tel ou tel pays prétendant à l’affirmation d’une indépendance et d’une souveraineté sans faille... La France ferait mieux de s’occuper de ses grèves, où elle excelle, et de la vente de ses Rafale aux Émirats, puisque l’avion excelle sur ce théâtre d’opération.

La solidarité des militaires

Cette passe d’armes inconsciente d’un continent-l’autre, ainsi que le comportement constant du ministre-président ou du ministre-général Mattis nous rappelle bien entendu la défiance fondamentale des chefs militaires US pour toute circonstance où l’on risquerait un accrochage sérieux avec la Russie, parce qu’ils connaissent le fonctionnement des choses et les capacités russes ; c’est-à-dire qu’ils savent bien le risque suprême ainsi encouru (nucléaire), aussi bien que les risques intermédiaires des campagnes militaires sérieuses (notamment face à la défense anti-aérienne russe). On doit donc bien savoir qu’aujourd’hui, dans le temps d’une rupture complète des canaux de communication entre la Russie et les USA, les généraux des deux côtés restent en contact à tous les niveaux, principalement pour notre compte les généraux Guerassimov et Dunford, les deux chefs d’état-major général de leurs forces armées respectives.
(On peut même dire que les militaires russes et US ne se sont jamais autant parlé que depuis que les Russes sont en Syrie, notamment pour les besoins de coordination et de “déconflictuation”. Marko Majanovic observe, dans Russia Insider, que cette retombée positive du conflit syrien permet aux deux interlocuteurs militaires de jouer un rôle très actif dans l’exploration d’une “déconflictuation” de l’actuelle phase crisique.)
L’on placera bien entendu parmi “les chefs militaires”, côté USA, le général Mattis, secrétaire à la défense mais encore plus général du Corps des Marines (comme Dunford) tiré de sa retraite pour diriger le Pentagone. (Il faut noter que des sources indiquent que Mattis est soutenu dans sa position modérée par la nouvelle directrice de la CIA, Gina Haspel.) Mattis joue un rôle majeur dans cette crise, bien entendu, et il semble bien qu’il le joue en référence, et en opposition à celui que joue John Bolton qui vient de prendre ses fonctions de Conseiller de Sécurité Nationale (NSA) du président, et directeur du Conseil National de Sécurité (NSC). Avant-hier, sur son compte tweeter, une analyste de l’Atlantic Council, Kate Brannen, nous informait d’une situation de blocage temporaire à la tête de l’administration Trump, concernant l’action contre la Syrie…
« [Je tiens] de deux sources informées des discussions internes : aucune décision n’est sortie de la réunion d’aujourd’hui [12 avril] sur la Syrie, à la Maison-Blanche [et une nouvelle réunion est prévue ce vendredi]... Il existe toujours des tensions entre ce que le président Trump et son conseiller John Bolton veulent et ce pour quoi plaide le Pentagone... »
Citant également Brannen, ZeroHedge.com commentait, avant-hier également : « Le NSA John Bolton et le secrétaire à la défense Mattis se seraient affrontés sur la stratégie à suivre en Syrie... [...] Mattis and le président du Comité des chefs d’état-major Dunford seraient “très préoccupés par la gestion de l’escalade et la prévention des effets en retour [de l’attaque] sur les forces US dans la région”, tandis que John Bolton est bien connu pour montrer la plus grande excitation pour la bonne vieille stratégie du “regime change”... »
Il se confirme ainsi, dans des conditions toutes différentes, l’existence d’une inimitié profonde entre d’une part les chefs militaires, pourtant réputés faucons bellicistes, et les civils ultra-bellicistes, soit néo-conservateurs, soit ultra-nationalistes comme Bolton. On avait pu s’en apercevoir en 2007-2009, lors du paroxysme de la crise iranienne, cette fois avec les amiraux Muellen et Fallon qui bloquèrent toute tentative d’attaque de l’Iran...
(Ainsi Fallon parlait-il des neocons et autres créatures de la bande à Cheney : « Interrogé sur le fait de savoir comment il pouvait être sûr [qu’il n’y aurait pas d’attaque de l’Iran durant son commandement Centcom], Fallon réplique, selon la source : “Vous savez les choix que je fais, et je suis un professionnel”. Fallon a précisé qu’il n’était pas le seul, toujours selon la source, “Il y a beaucoup d’entre nous qui travaillent à faire rentrer les fous dans leurs cages”. »)

Hypothèses sur l’effondrement de l’“Empire”

Nous avons quelques phrases, citations, jugements, de gens célèbres ou d’autres qui le sont moins, que nous n’hésitons pas à utiliser et réutiliser tant elles nous semblent caractériser justement des situations extrêmement essentielles de notre “étrange époque”. Ainsi n’avons jamais caché notre attirance pour ce jugement d’un néo-sécessionniste du Vermont, sur une des circonstances qui pourraient précipiter la fin de “l’Empire”...
(C’est-à-dire, “la fin des USA en tant qu’‘Empire’”, ce terme pris dans un sens symbolique ; c’est-à-dire “la fin du Système”, tant pour nous “Empire”, “USA”, tout comme “bloc-BAO”, tout comme “postmodernité”, etc., sont les différents noms comme autant de faux-nez opérationnels représentant ce que nous nommons en termes métahistoriques “le Système” ; lui-même enfin, le Système, représentant la machinerie opérationnelle de la dynamique métahistorique à finalité d’entropisation mise en route dans sa phase finale par le “déchaînement de la Matière”.)
Donc, ce néo-sécessionniste du Vermont, Thomas Naylor, interrogé par Chris Hedges en avril 2010, évoquait la possibilité d’une sécession du Vermont mais plaçait cette possibilité dans le cadre d’un effondrement de ce qu’il nommait “l’empire”, c’est-à-dire Washington D.C. devenu entretemps “D.C.-la-folle” : «“Il y a trois ou quatre scénarios d’effondrement de l’empire,” dit Naylor. “Une possibilité est une guerre avec l’Iran... »
Naylor évoquait l’Iran parce qu’à cette époque, la crise avec l’Iran, très active depuis 2006 au niveau de la communication, représentait la principale possibilité de guerre majeure outremer pour les USA. Aujourd’hui, c’est la Syrie & le reste qui jouent ce rôle. Peu importe la différence de format, la différence de circonstances, etc., car ce que Naylor évoquait c’est une possibilité de guerre presque engagée, ou une guerre engagée, dans des conditions de discorde et de crise intérieure de la direction US telles que ce sont les répercussions de cet engagement à Washington qui conduirait au terme de la crise majeure de l’effondrement “de l’Empire”, c’est-à-dire du centre fédéral essentiellement, – et c’est pour cette raison, l’effondrement conduisant à l’éclatement, que Naylor évoquait simultanément la possibilité d’une sécession dans le cadre de l’éclatement.

La référence d’août-septembre 2013

Washington est déjà passé à côté d’une circonstance de cette sorte, en août-septembre 2013, dont bien peu de commentateurs se rappellent, fidèle à leur “devoir de mémoire” conforme aux consignes, qu’il s’est agi d’une très grave crise interne du Système à Washington D.C., et nullement d’une simple décision du président Obama de ne pas y aller (en Syrie)... PhG le rappelait encore le 24 février 2018, avec les références qui importent : 
« Il y a un précédent, celui de l’attaque contre la Syrie d’août-septembre 2013. Tant de monde en ont oublié les véritables circonstances, se contentant d’affirmer qu’Obama avait lancé la menace d’une attaque, avait hésité puis avait reculé. La réalité de cette séquence est que l’attaque décidée après et malgré un vote défavorable de la Chambre des Communes de Londres sur la participation britannique, Obama confia la décision au Congrès : soudain, l’on constata l’effritement accéléré du soutien populaire à l'attaque jusqu’alors acquis, ce que les parlementaires, sollicités par les flots épistolaires de leurs électeurs, traduisirent en intentions de vote de plus en plus défavorables jusqu’à une déroute institutionnelle catastrophique d’où Obama fut sauvé in extremis par l’intervention de... Poutine. (Voir les textes sur ce site, à propos de cette séquence : le 27 août 2013, le 29 août 2013, le 02 septembre 2013, le 06 septembre 2013, le 10 septembre 2013, le 12 septembre 2013.)
» Ce phénomène n’a jamais été vraiment analysé, il a même été prestement déformé puis enterré comme “la mémoire” fait aujourd’hui avec les faits historiques, puis oublié par la direction politique et la communication-Système comme beaucoup trop déstabilisant pour la politiqueSystème pour qu’on puisse seulement en avoir un écho lointain. Les militaires, eux et en leur for intérieur, n’ont jamais vraiment oublié et ils savent que cette brutale et inattendue situation d’incertitude menaçant la stabilité du Système peut se reproduire en cas d’intention ouverte et affichée d’aller vers des hostilités avec la Russie. »

Allemagne et Italie aux abonnés absents

On signalera enfin, parmi les prises de position intéressantes, celles de l’Allemagne et de l’Italie déclarant hier ne pas vouloir participer directement à l’attaque alors éventuelle et finalement réalisée, se contentant d’un appui logistique si nécessaire. Ces décisions n’ont guère de valeur opérationnelle mais elles ont une valeur symbolique, et politique finalement montrant que les emportements du début pour une riposte contre la Syrie ont laissé place, dans ce cas également, à l’apparition de nuances notables. 
Si les Italiens ne s’en sont guère expliqués, par contre Merkel s’est montrée diserte. Elle a bien entendu affirmé sa solidarité, notamment en offrant son aide logistique, mais a écarté une possibilité de participation à une opération. Le commentaire de Tyler Durden se rapporte simplement à la situation géopolitique des pays européens vis-à-vis de la Russie rappelant un autre aspect de la complexité de la situation : 
« Il y a au moins deux pays européens qui se souviennent que lorsqu'il fait froid en hiver, il y a un pays qui leur fournit le gaz naturel dont ils ont besoin pour se chauffer. L'un d'entre eux est l'Allemagne qui, réalisant que toute attaque contre la Syrie compromettrait davantage sa relation avec le Kremlin, a déclaré qu'il ne se joindra à aucune attaque militaire contre la Syrie en réponse à la prétendue attaque au gaz chimique contre une enclave d'opposition que la Russie estime être un faux drapeau réalisé par les “Casques blancs”. De façon diplomatique, Merkel a ajouté qu’elle soutiendrait les efforts des Occidentaux pour montrer que l’utilisation des armes chimiques est inacceptable. »

La course à l’autodestruction

Sommes-nous dans une situation qui serait de plus en plus reconnue comme telle, où le Système a créé de plus en plus fortement la nécessité absolument ontologique pour lui d’une attaque en une ou plusieurs phases et d’une victoire retentissantes “en Syrie et au-delà” (contre les Russes notamment), alors que cette attaque implique des risques si considérables qu’on pourrait envisager un conflit nucléaire au plus haut niveau ? La réponse tend à être très nettement positive...
Et sommes-nous ensuite dans cette situation où, ayant créé ainsi le développement de cette nécessité d’une telle attaque, le Système suscite indirectement des querelles et des affrontements en son sein d’une ampleur sans précédent justement à cause des risques (jusqu’au nucléaire), alors qu’une crise majeure et endémique qui secoue la direction politique et principalement le président Trump parvient elle-même à un nouveau paroxysme ? La réponse est évidemment positive...
Et sommes-nous enfin dans cette situation où la survie du Système dans toute sa puissance et sa capacité hégémonique dépendrait d’une telle attaque/victoire retentissantes “en Syrie et au-delà (contre les Russes notamment)”, alors que ceux qui se trouvent à la direction de ces centres de pouvoir se déchireraient plus que jamais à propos de cette attaque, entre ceux qui sont contre une telle attaque du fait du simple bon sens de l’horreur du risque d’une montée à l’échelon suprême de la guerre nucléaire, et ceux des fous que l’amiral Fallon et quelques autres avaient fait rentrer dans leurs cages et qui en sont ressortis subrepticement ? Alors “que ceux qui se trouvent à la direction de ces centres de pouvoir se déchireraient plus que jamais à propos de” la légitimité du président trump, de son caractère insupportable, de ses sautes d'humeur incontrôlables ?
.... C’est ce que PhG entend lorsqu’il termine le “Tourbillon crisique-47” de son Journal-dde.crisis sur cette remarque : « Comme tout le monde je pense, j’ignore si l’attaque aura lieu, et j’ignore ce qui se passera si l’attaque a lieu. Mais je crois bien sentir, et presque savoir à partir de cette intuition, que si l’attaque n’a pas lieu ou aboutit à un simulacre très-très-voyant, – un simulacre-bouffe, ou simulacre d’une attaque-bouffesi vous voulez, – alors nous devons nous préparer à contempler la dernière phase de l’effondrement du Système, transmutation achevée de la surpuissance en autodestruction. Le Système, – pas la Russie ni la Syrie, – le Système joue son va-tout. »
Le texte de PhG et sa conclusion résultent, à partir de son expérience, de ce que lui-même juge être, ou plutôt espère être une intuition, c’est-à-dire une ouverture sur une vérité-de-situation. (Il y a d’ailleurs beaucoup de “si” dans son texte, et de taille ...) L’argument sur l’effilochage et la dissolution de la résolution du bloc-BAO est tout à fait acceptable au regard de ce que semble être l’attaque de la nuit de vendredi. Mais il ne s’agit que d’un argument pour une cause qui sera jugée sans appel et sans tenir compte des arguments humains par d’autres autorités que les commentateurs-Système, les directions et les élites-Système, bref toute la valetaille-sapiens qui s’imagine contrôler les évènements du monde, – ce qui justifie amplement l’idée que “le Système joue son va-tout” en cette circonstance et dans toutes celles qui vont suivre dans l’enchaînement en cours.
En effet, il nous semble bien entendu écrasant d’évidence que, de toutes les façons, cette attaque est loin, bien loin de clore la crise, y compris entre les différences tendances qui s’affrontent à Washington/“D.C.-la-folle” ; nous serions même tentés de dire : “bien au contraire”, en ajoutant qu’il faut y voir la marque du destin du Système arrivé à son heure de vérité. Cette idée doit être présente dans tous les esprits qui sont intéressés par une vision globale des évènements, et par un jugement de fond sur la politique du bloc-BAO, ce que nous nommons la politiqueSystème.
Cette idée est présente dans l’avant-dernier paragraphe de conclusion du texte de WSWS.org cité plus haut, où nous soulignons par l’emploi du caractère gras le passage qui nous paraît le plus important ; pour la première fois d’une façon aussi nette à notre connaissance, un site connu comme très sérieux, et si incliné à interpréter ce que nous nommons la politiqueSystème comme une dynamique de surpuissance inarrêtable sinon par l’habituel rassemblement des forces populaires enfin réunies sous la bannière du trotskisme triomphant reconnaît implicitement que cette politiqueSystème contient en elle-même les germes quasiment parvenus à l’éclosion (le printemps arrive) de son autodestruction...
« Il ne fait aucun doute que ce nouveau conflit ne s’arrêtera pas avec l'attaque contre la Syrie, tout comme l’expansion de la guerre ne s'est pas arrêtée avec l'invasion de l'Irak. La scène est en train d'être confrontée à une confrontation avec l'Iran, la Russie et, finalement, la Chine. De plus en plus, la politique impérialiste acquiert un caractère complètement imprudent et déséquilibré. »
Ainsi peut-on avancer que nous sommes entrés largement d'une bonne poignée de minutes dans l'heure de vérité.