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samedi 21 novembre 2015

SYRIE : LES DESSOUS ECONOMIQUES DE L'AGRESSION OCCIDENTALE


VLADIMIR VLADIMIROVITCH POUTINE



Vladimir Vladimirovitch Poutine, né le 7 octobre 1952 à Léningrad, est un homme d'État russe, président du gouvernement russe de 1999 à 2000 et de 2008 à 2012, et président de la Fédération de Russie, par intérim de 1999 à 2000, puis en titre de 2000 à 2008 et depuis 2012.
Membre du KGB (service de renseignement et d'action), il commence sa carrière politique à la mairie de Saint-Pétersbourg, puis devient l'un des plus proches conseillers du président Boris Eltsine, qui fera de lui le directeur du FSB (sécurité publique) en 1998, puis le président du gouvernement de la Russie l'année suivante.

À partir du 31 décembre 1999, à la suite de la démission de Boris Eltsine, il assure les fonctions de président de la Fédération de Russie par intérim. Il devient président de plein exercice le 7 mai 2000, après avoir remporté l'élection présidentielle dès le premier tour, dans des conditions polémiques. Confortablement réélu en 2004, il mène une grande politique de réformes marquée par un redressement de l'économie nationale et une politique institutionnelle tournée vers une concentration des pouvoirs présidentiels.

En 2008, la Constitution lui interdisant de concourir pour un troisième mandat consécutif, il soutient la candidature de Dmitri Medvedev à la présidence. Une fois élu, celui-ci le nomme président du gouvernement. Dans la foulée, Vladimir Poutine prend la direction du parti Russie unie. Régulièrement critiqué en Occident pour l'aspect autoritaire de sa gouvernance, il est pour la première fois réellement contesté à la suite des élections législatives de 2011.

Il se porte candidat à l'élection présidentielle de 2012, bénéficiant à cette occasion du soutien du président sortant, Dmitri Medvedev. Le 7 mai 2012, Vladimir Poutine retrouve la fonction de président de la Fédération de Russie après sa victoire au premier tour de scrutin. Son troisième mandat présidentiel est notamment marqué par l'annexion par la Russie de la Crimée dans le cadre de la crise ukrainienne, ce qui entraîne la suspension de la Russie du G8 et de fortes tensions entre celle-ci et une partie de la communauté internationale.


jeudi 19 novembre 2015

RANGEZ LES DRAPEAUX

SOURCE 



Rangez les drapeaux !

L’héroïsme sur commande, la violence insensée, et tout ce non-sens risible que l’on nomme patriotisme – je les hais passionnément!
Albert Einstein
Le patriotisme c’est cette conviction selon laquelle ce pays est supérieur aux autres parce que vous y êtes né.
George Bernard Shaw
En ce 4 Juillet, nous ferions bien de renoncer au nationalisme et à tous ses symboles: ses drapeaux, ses serments d’allégeance, ses hymnes, son insistance en chanson qui indique que dieu doit singulariser l’Amérique comme nation bénie.
Le nationalisme — cette dévotion à un drapeau, un hymne, un lien si féroce qu’il engendre l’assassinat de masse — n’est-il pas un des plus grands maux de tous les temps, avec le racisme et la haine perpétrée par les religions ?
Ces façons de penser — cultivées, nourries, un endoctrinement depuis la plus tendre enfance — ont été bien utiles à ceux au pouvoir, et mortelles pour ceux évoluant hors du cercle du pouvoir.
L’esprit national peut-être bénin dans un petit pays n’ayant ni puissance militaire ni faim d’expansion (comme la Suisse, la Norvège, le Costa-Rica et bien d’autres). Mais dans une nation comme la nôtre, grande par la taille, possédant des milliers et des milliers d’armes de destruction massive, ce qui pourrait être une fierté sans conséquence devient un nationalisme arrogant très dangereux pour nous-mêmes et pour les autres.
Nos citoyens ont été amenés à voir notre nation comme différente des autres, une exception dans le monde, possédant une morale unique, s’étendant dans d’autres territoires afin d’y apporter la civilisation, la liberté, la démocratie.
Cet auto-mensonge a commencé très tôt.
Lorsque les premiers colons anglais sont arrivés en territoire Indiens dans la baie de Massachusetts et qu’ils y rencontrèrent une résistance, la violence se transforma en une guerre contre les Indiens de la nation Péquot. Le meurtre d’Indiens était vu comme approuvé par dieu, la saisie de la terre comme ordonnée par la bible. Les puritains citèrent un des psaumes de la bible : “Demande-moi et je te donnerai les païens en héritage et les parties les plus importantes de la terre pour ta possession.
Lorsque les Anglais mirent le feu à un village Péquot, massacrant hommes, femmes et enfants, le théologien puritain Cotton Maher dit: “Il y a eu pas moins de 600 âmes Péquots qui furent envoyées en enfer ce jour-là.
A la veille de la guerre contre le Mexique, un journaliste américain la déclara notre “destinée manifeste de nous étendre toujours plus sur le continent que la providence nous a alloué.” Après que l’invasion du Mexique eut commencé, le journal du New York Herald annonça: “Nous pensons que cela fait partie de notre destinée que de civiliser ce pays magnifique”.
Il fut toujours supposé que notre pays entra en guerre pour des motifs bénins.
Nous avons envahi Cuba en 1898 pour libérer les Cubains (des Espagnols) et nous sommes entrés en guerre contre les Philippines peu de temps après afin, comme le dit alors le président McKinley: “deciviliser, de christianiser”, le peuple philippin.
Alors que nos armées commettaient des atrocités aux Philippines (au moins 600 000 Philippins périrent en quelques années de conflit), Elihu Root, notre secrétaire à la guerre proclamait: “Le soldat américain est différent des autres soldats de tous les autres pays depuis le début de la guerre. Il est l’avant-garde de la liberté et de la justice, de la loi et de l’ordre, de la paix et du bonheur.
Nous voyons en Irak maintenant que nos soldats ne sont pas différents. Ils ont, peut-être contre leur nature la plus noble, tué des milliers et des milliers de civils irakiens, et certains soldats se sont montrés capables d’énormes brutalités et de torture.
Et pourtant eux aussi sont victimes des mensonges de notre gouvernement.
Combien de fois avons-nous entendu le président Bush dire aux troupes que s’ils mouraient, s’ils revenaient sans bras ni jambes, ou aveugles, ce serait pour la “liberté”, pour la “démocratie” ?
Un des effets de la pensée nationaliste est la perte du sens de la proportion. La mort de 2300 personnes à Pearl Harbor est devenue la justification de la mort de plus de 250 000 civils à Hiroshima et Nagasaki. Le meurtre de 3000 personnes le 11 septembre 2001 devient la justification de l’assassinat de dizaines de milliers de civils en Afghanistan, en Irak. Le nationalisme possède, de plus, une virulence spéciale lorsqu’il prétend être béni par la providence. Aujourd’hui nous avons un président ayant envahi deux pays en quatre ans, qui a annoncé au cours de sa campagne de réélection en 2004 que Dieu parle à travers lui.
Nous devons réfuter l’idée selon laquelle notre nation est différente des autres, moralement supérieure, aux autres puissances impérialistes de l’histoire du monde.
Nous devons prêter allégeance à l’humanité et non pas à une nation, quelle qu’elle soit.
Howard Zinn

Traduction: resistance71.wordpress.com
Édition & Révision: Nicolas Casaux

NOTRE guerre contre le terrorisme

Article publié le 1er Novembre 2004, en anglais, à l’adresse suivante
Je l’appelle « notre » guerre contre le terrorisme parce que je veux la distinguer de celle de Bush, de celle de Sharon, et de celle de Poutine. Leurs guerres ont en commun d’être basées sur une immense supercherie : persuader le peuple de leur pays que vous pouvez régler le problème du terrorisme par la guerre. Ces dirigeants prétendent pouvoir mettre fin à notre peur du terrorisme — à notre peur d’attentats soudains, létales, vicieux, une peur nouvelle pour les Américains — en dessinant un énorme cercle autour d’une zone du monde d’où proviennent les terroristes (Afghanistan, Palestine, Tchétchénie), ou des zones en contacts avec les terroristes (Irak), et en envoyant des tanks et des avions bombarder et terroriser tous ceux qui vivent au sein de ce cercle.
Puisque la guerre elle-même est la forme de terrorisme la plus extrême, une guerre contre le terrorisme est profondément contradictoire. Est-il étrange, ou normal, qu’aucune figure politique majeure n’ait souligné cela ?
Même en considérant leur propre définition limitée du terrorisme, ils — les gouvernements des USA, d’Israël et de la Russie — échouent clairement. Alors que j’écris ceci, trois ans après les événements du 11 septembre, le nombre de militaires américains décédés dépasse le millier, plus de 150 enfants russes sont morts lors d’une attaque terroriste sur une école, le chaos règne en Afghanistan, et le nombre d’attaques terroristes significatives s’est élevé à un record de 21 en 2003, selon les chiffres officiels du département d’État. Le très respecté Institut International des études stratégiques à Londres rapporte qu’on « dénombre plus de 18 000 terroristes potentiels, et le recrutement s’accélère en Irak ».
Avec un si flagrant échec, et un président qui bafouille tentant de prétendre le contraire (30 Août : « je ne pense pas que nous puissions vaincre » et le lendemain : « ne vous y trompez pas, nous sommes en train de vaincre »), il est incroyable de constater que les sondages montrent qu’une majorité des Américains pense que le président a fait du « bon boulot » dans la guerre contre le terrorisme.
Deux raisons peuvent expliquer cela.
Tout d’abord, la presse et la télévision n’ont pas joué leur rôle de lanceurs d’alerte, le rôle que la presse doit garantir dans une société dont la doctrine fondamentale est la démocratie (voir la déclaration d’indépendance), une doctrine qui insiste sur la nécessité de ne pas aveuglément faire confiance au gouvernement. Ils n’ont pas bien expliqué au public — pas suffisamment, pas assez profondément — les conséquences humaines de la guerre en Irak.
Je parle non seulement des morts et des mutilations des jeunes Américains, mais aussi des morts et des mutilations des jeunes enfants irakiens. (Je suis actuellement en train de lire un article sur un bombardement de maisons dans la ville de Fallujah, par les USA, ayant entraîné la mort de quatre enfants, tandis que l’armée explique que cela fait partie d’une « frappe chirurgicale » sur « un bâtiment fréquemment utilisé par des terroristes »). Je pense que la compassion naturelle du peuple américain l’emporterait s’il comprenait vraiment que nous sommes en train de terroriser d’autres gens avec notre « guerre contre le terrorisme ».
Une deuxième raison pour laquelle tant de gens acceptent d’être dirigés par Bush, c’est l’absence de contre-argument de la part du parti d’opposition. John Kerry n’a pas remis en question la définition du terrorisme de Bush. Il n’a pas été honnête. Il a évité, et feinté, en disant que Bush avait mené « la mauvaise guerre, au mauvais endroit, au mauvais moment ». Y a-t-il une guerre juste, un bon endroit, et un bon moment ? Kerry ne s’est pas exprimé clairement, franchement, en faisant appel au sens commun du peuple américain, qui est, au moins à moitié, opposé à la guerre, et plus encore, qui attend les sages déclarations qu’un véritable dirigeant aurait prononcées. Il n’a pas clairement remis en question la prémisse fondamentale de l’administration Bush : l’idée selon laquelle la violence massive de la guerre est une réponse appropriée au genre d’attaque terroriste ayant eu lieu le 11 septembre 2000.
Commençons par reconnaître que les actes terroristes — la tuerie de gens innocents dans le but d’atteindre un objectif spécifique — sont moralement inacceptables et doivent être répudiés et combattus par qui prétend se soucier des droits humains. Les attaques du 11 septembre, les attentats suicides en Israël, les prises d’otages par les nationalistes tchétchènes — tout ceci dépasse les limites de n’importe quels principes éthiques.
Cela doit être souligné, parce que dès que vous suggérez qu’il est important de considérer des réponses autres qu’une réplique violente, on vous accuse de sympathiser avec les terroristes. C’est une lâche façon de terminer une discussion sans examiner intelligemment les alternatives aux politiques actuelles.
La question est alors: quelle est la réponse appropriée à de telles horreurs ? La réponse, jusqu’ici, donné par Bush, Sharon, et Poutine, c’est l’action militaire. Nous avons aujourd’hui suffisamment de preuves qui nous suggèrent que cela n’arrête pas le terrorisme, que cela peut d’ailleurs provoquer plus de terrorisme, et en même temps entraîner la mort de centaines, si ce n’est de milliers de gens innocents qui avaient le tort et la malchance de vivre à proximité de terroristes présumés.
Comment expliquer le fait que ces réponses manifestement inefficaces, voire contre-productives, ait été soutenues par les peuples de Russie, d’Israël, et des États-Unis ? Ça n’est pas compliqué à comprendre. C’est la peur, une peur lourde et paralysante, une horreur si profonde qu’elle finit par déformer nos facultés rationnelles, alors les gens embrassent des politiques qui n’ont qu’une seule chose pour elles : elles vous donnent l’impression que quelque chose est fait. En l’absence d’alternative, en la présence d’un néant politique, le remplissage de ce vide par des actes décisifs devient acceptable.
Et lorsque le parti d’opposition, le candidat présidentiel de l’opposition, ne peut rien offrir pour remplir ce vide politique, le public a l’impression de n’avoir d’autre choix que de soutenir ce qui est fait. Cela procure une satisfaction émotionnelle, même si la pensée rationnelle suggère que cela ne fonctionne pas, et ne peut pas fonctionner.
Si John Kerry ne peut offrir d’alternative à la guerre, c’est alors la responsabilité des citoyens, à l’aide de toutes les ressources qu’ils peuvent rassembler, de présenter une telle alternative au public américain.
Oui, nous pouvons tenter de nous protéger de toutes les façons possibles contre des attaques futures, en tentant de sécuriser nos aéroports, nos ports, nos voies ferrées, et les autres centres de transports. Oui, nous pouvons tenter de capturer les terroristes connus. Mais aucune de ces actions ne mettra fin au terrorisme, qui émerge du fait que des millions de gens au Moyen-Orient et ailleurs sont en colère à cause des politiques États-Uniennes, et de ces millions de gens, certains verront leur colère se changer en fanatisme extrême.
10806372_1656159627857741_4378152373549771970_nL’analyste en chef du terrorisme pour la CIA qui a écrit un livre intitulé « Anonymous » a clairement dit que les politiques des USA — le soutien à Sharon, la guerre en Afghanistan et en Irak — « complètent la radicalisation du monde islamique« .
À moins que nous ne réexaminions nos politiques — le casernement de soldats dans une centaine de pays (le casernement de soldats étrangers, rappelez-vous, était une des plaintes des révolutionnaires américains), notre soutien à l’occupation des terres palestiniennes, notre détermination à contrôler le pétrole au Moyen-Orient — nous vivrons toujours dans la peur. Si nous annoncions la reconsidération de ces politiques, et que nous commencions à les changer, peut-être que le réservoir de haine nourrissant le terrorisme commencerait à décliner.
Quel que soit le prochain président, c’est au peuple américain d’exiger de lui qu’il commence une audacieuse reconsidération du rôle de notre pays dans le monde. C’est la seule solution possible pour éviter ce futur de peur insidieuse et sans fin. C’est cela, « notre » guerre contre le terrorisme.
Howard Zinn

Traduction: Nicolas Casaux

Pour aller plus loin, deux excellentes vidéos de deux excellents discours de Mr Howard Zinn:

PARIS, LONDRES ET WASHINGTON SONT LES AUTEURS D'UN GENOCIDE QUI A FAIT PLUSIEURS MILLIONS DE MORTS EN IRAK ET DONNER NAISSANCE A DAESH


Nov
2015


Source : John Pilger, traduit sur Le Partage, le 17 novembre 2015.
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John Pilger est un journaliste de nationalité Australienne, né à Sydney le 9 Octobre 1939, parti vivre au Royaume-Uni depuis 1962. Il est aujourd’hui basé à Londres et travaille comme correspondant pour nombre de journaux, comme The Guardian ou le New Statesman.
Il a reçu deux fois le prix de meilleur journaliste de l’année au Royaume-Uni (Britain’s Journalist of the Year Award). Ses documentaires, diffusés dans le monde entier, ont reçu de multiples récompenses au Royaume-Uni et dans d’autres pays.
John Pilger est membre, à l’instar de Vandana Shiva et de Noam Chomsky, de l’IOPS (International Organization for a Participatory Society), une organisation internationale et non-gouvernementale créée (mais encore en phase de création) dans le but de soutenir l’activisme en faveur d’un monde meilleur, prônant des valeurs ou des principes comme l’autogestion, l’équité et la justice, la solidarité, l’anarchie et l’écologie.
Article initialement publié le 16 novembre 2015, en anglais, sur le site officiel de John Pilger, à cette adresse.

Les racines du terrorisme et ce qu’on peut faire contre

Une trêve est la seule sortie possible de ce labyrinthe, explique John Pilger, autrement, les atrocités de Paris et de Beyrouth se reproduiront.
En transmettant les ordres du Président Richard Nixon de bombardement « massif » du Cambodge en 1969, Henry Kissinger utilisa l’expression: « tout ce qui vole sur tout ce qui bouge ».
Alors que Barack Obama mène sa septième guerre contre le monde musulman, depuis que son prix Nobel de la paix lui a été remis, et que François Hollande promet une attaque « impitoyable » sur un pays en ruine, l’hystérie orchestrée et les mensonges nous rendent presque nostalgiques de l’honnêteté meurtrière de Kissinger.
En tant que témoin des conséquences humaines de la sauvagerie aérienne — ce qui comprend la décapitation des victimes, leurs organes éparpillés sur les arbres et les champs — je ne suis pas surpris de cette méconnaissance de l’histoire et de la mémoire, une fois encore.
La montée au pouvoir de Pol Pot et de ses Khmers Rouges, qui a beaucoup en commun avec celle de l’état islamique en Irak et en Syrie (ISIS), en est un bon exemple. Eux aussi étaient impitoyablement moyenâgeux et n’étaient au départ qu’une petite secte. Eux aussi étaient le produit d’une apocalypse made in USA, mais à ce moment-là en Asie.
Selon Pol Pot, son mouvement consistait en « moins de 5000 guérilleros maigrement armés, hésitants en matière de stratégie, de tactique, de loyauté et de leaders ». Après le passage des bombardiers B-52 de Nixon et Kissinger, lors de « l’opération Menu », le démon ultime de l’Ouest n’en crut pas ses yeux.
Les états-uniens larguèrent l’équivalent de 5 Hiroshima sur la province Cambodgienne entre 1969 et 1973. Ils rasaient village après village, revenant encore pour bombarder les débris et les corps. Les cratères laissaient des colliers de carnages, visibles depuis les airs. La terreur était inimaginable.
Un ancien officiel des Khmers Rouges décrivit comment les survivants « s’étaient figés et erraient silencieusement pendant trois ou quatre jours. Terrifiés et à moitié hallucinés, les gens étaient capables de croire tout ce qu’on leur racontait… c’était devenu facile pour les Khmers Rouges de gagner le soutien du peuple ».
Une commission d’investigation gouvernementale Finlandaise a estimé que 600 000 Cambodgiens étaient morts dans la guerre civile qui s’ensuivit, et a décrit le bombardement comme « la première phase d’une décennie de génocide ». Ce que Nixon et Kissinger ont commencé, Pol Pot, leur bénéficiaire, l’a accompli. Sous leurs bombes, les Khmers Rouges devinrent une armée forte de 200 000 personnes.
ISIS a un passé et un présent similaires. Selon la plupart des mesures universitaires, l’invasion de l’Irak de Bush et Blair en 2003 a entraîné la mort d’au moins 700 000 personnes — dans un pays qui n’avait aucun précédent de djihadisme. Les kurdes avaient passé des accords territoriaux et politiques ; les Sunnites et les Chiites présentaient des différences sectaires et de classe, mais étaient en paix ; le mariage intergroupe était commun. Trois ans avant l’invasion, je conduisais à travers l’Irak sans aucune peur, en rencontrant sur la route des gens fiers, par-dessus tout, d’être Irakiens, les héritiers d’une civilisation qui semblait être, pour eux, une présence.
Bush et Blair ont réduit tout cela en miettes. L’Irak est maintenant un foyer du djihadisme. Al Qaida — comme les « djihadistes » de Pol Pot — a saisi l’opportunité fournie par le déferlement de « Choc et d’Effroi » et de la guerre civile qui s’ensuivit. La Syrie « rebelle » offrait des récompenses encore plus importantes, avec les réseaux d’armements de la CIA et des états du golfe, la logistique et l’argent qui passait par la Turquie. L’arrivée de recrues étrangères était inévitable.
Un ancien ambassadeur britannique, Oliver Miles, a écrit que, « Le gouvernement [Cameron] semble suivre l’exemple de Tony Blair, qui a ignoré les conseils importants du ministère des affaires étrangères, du MI5 et du MI6, sur notre politique au Moyen-Orient — et en particulier nos guerres au Moyen-Orient — qui ont été un des principaux facteurs de recrutement de musulmans britanniques pour le terrorisme ici ».
ISIS est la progéniture de ceux de Washington, Londres et Paris, qui, en conspirant afin de détruire l’Irak, la Syrie et la Libye, ont commis un crime épique contre l’humanité. Comme Pol Pot et les Khmers Rouges, ISIS est la mutation issue de la terreur Occidentale propagée par une élite impérialiste, pas le moins du monde découragée par les conséquences des actions prises à distance géographiquement et culturellement.
Leur culpabilité est tabou dans « nos » sociétés, et leurs complices sont ceux qui suppriment cette vérité critique.
Il y a 23 ans, un holocauste a isolé l’Irak, immédiatement après la première guerre du golfe, lorsque les USA et la Grande-Bretagne ont détourné le conseil de sécurité des nations unies et imposé des« sanctions » punitives à la population irakienne — renforçant ironiquement l’autorité domestique de Saddam Hussein. Cela s’apparentait à un siège médiéval.
Pour en savoir plus sur cet embargo et la guerre qui s’ensuivit:
LA guerre
Presque tout ce qui servait au maintien de tout état moderne fut, dans leur jargon, « bloqué » — de la chlorine, pour rendre potable l’eau, aux stylos d’écoles, en passant par les pièces pour machines à rayons X, les antalgiques communs, et les médicaments pour combattre les cancers auparavant inconnus, nés de la poussière des champs de bataille du Sud, contaminée par l’uranium appauvri.
Juste avant Noël 1999, le département du commerce et de l’industrie à Londres restreignit l’exportation de vaccins servant à protéger les enfants Irakiens de la diphtérie et de la fièvre jaune. Kim Howells, sous-secrétaire d’état parlementaire du gouvernement Blair, a expliqué pourquoi, « les vaccins pour enfants », dit-il, « étaient susceptibles d’être utilisés comme armes de destruction massive ».
Le gouvernement britannique a pu éviter l’outrage en raison de la couverture médiatique de l’Irak — globalement manipulée par le ministère des affaires étrangères — qui blâmait Saddam Hussein pour tout.
Sous couvert d’un programme « humanitaire » bidon, de pétrole contre nourriture, 100$ furent alloués à chaque Irakien, pour vivre pendant une année. Ce montant devait payer pour la totalité des infrastructures de la société, et pour les services essentiels, comme l’électricité et l’eau.
« Imaginez… », m’a dit l’assistant secrétaire général de l’ONU, Hans Von Sponeck, « …que l’on oppose cette somme dérisoire au manque d’eau potable, au fait que la majorité des malades ne pouvaient pas se payer de traitement, et au simple traumatisme de devoir vous en sortir jour après jour, et vous aurez un aperçu du cauchemar. Et ne vous y trompez pas, tout cela était délibéré. Je ne voulais pas, auparavant, utiliser le mot génocide, mais c’est aujourd’hui inéluctable ».
Ecœuré, Von Sponeck a démissionné de son poste de coordinateur humanitaire de l’ONU en Irak. Son prédécesseur, Denis Halliday, un membre distingué de l’ONU, avait également démissionné. « On m’a ordonné », dit Halliday, « de mettre en place une politique qui correspondait à la définition d’un génocide : une politique délibérée qui a effectivement tué plus d’un million d’individus, enfants et adultes ».
Une étude du Fonds des Nations Unies pour l’enfance, l’Unicef, a estimé qu’entre 1991 et 1998, l’apogée du blocus, il y eut 500 000 morts « en excès » d’enfants irakiens de moins de 5 ans. Un reporter TV états-unien rapporta cela à Madeleine Albright, ambassadeur des USA aux Nations Unies, en lui demandant, « le prix en valait-il la peine ? », Albright répondit, « nous pensons que le prix en valait la peine ».
En 2007, l’officiel britannique en charge des sanctions, Carne Ross, connu sous le nom de « Mr Irak », dit à un comité de sélection du parlement, « [les gouvernements US et Britannique] ont effectivement privé une population entière de tout moyen de subsistance ». Lorsque j’ai interviewé Carne Ross trois ans après, il était dévoré de regrets et de repentir. « Je me sens honteux », dit-il. Il est aujourd’hui l’un des rares lanceurs d’alerte qui avertit de la façon dont les gouvernements trompent et du rôle complice critique des médias dans la propagation et le maintien de ces tromperies. « Nous donnions [aux journalistes] des renseignements et anecdotes aseptisés », dit-il, « ou nous les empêchions de travailler ».
L’an dernier, on pouvait lire à la Une du Guardian ce titre qui n’avait rien d’inhabituel : « Face aux horreurs d’ISIS nous devons agir ». Le « Nous devons agir » est un spectre que l’on ranime, un avertissement de la suppression de la mémoire avisée, des faits, des leçons apprises et des regrets ou de la honte. L’auteur de l’article était Peter Hain, l’ancien ministre des affaires étrangères responsable de l’Irak sous Blair. En 1998, lorsque Denis Halliday révéla l’étendue de la souffrance en Irak, dont le gouvernement Blair était le premier responsable, Hain le fit passer lors du journal du soir de la BBC pour un « défenseur de Saddam ». En 2003, Hain soutint l’invasion de Blair d’un Irak déjà blessé, sur la base de mensonges colossaux. Lors d’une conférence plus récente du parti travailliste, il qualifia l’invasion, en la balayant rapidement, de « problème marginal ».
Voilà que Hain demandait « des frappes aériennes, des drones, de l’équipement militaire et autre soutien »pour ceux « faisant face au génocide » en Irak et en Syrie. Ce qui renforcerait « les impératifs pour une solution politique ». Le jour où fut publié l’article de Hain, Denis Halliday et Hans Von Sponeck étaient venus à Londres pour me voir. Ils n’étaient pas choqués par l’hypocrisie mortifère du politicien, mais déploraient l’absence perpétuelle, presque inexplicable, de diplomatie intelligente visant à négocier un semblant de trêve.
A travers le globe, de l’Irlande du Nord au Népal, ceux qui se considèrent mutuellement comme des terroristes et des hérétiques se sont fait face. Pourquoi pas maintenant en Irak et en Syrie ? Au lieu de cela, nous avons une verbosité insipide et presque sociopathologique déversée par Cameron, Hollande, Obama et leur « coalition des volontaires » prescrivant plus de violence, larguée depuis 10 000 mètres d’altitude, sur des endroits où le sang des précédents conflits n’est toujours pas sec. Ils semblent tellement savourer leurs propres violence et stupidité qu’ils sont prêts à renverser leur seul allié potentiel de valeur, le gouvernement Syrien.
Ce n’est rien de nouveau, comme ces fichiers ayant été publiés, car ayant fuité des services de renseignements Britannique-US, le montrent :
« Afin de faciliter l’action des forces libératrices [sic]… un effort spécial doit être fourni pour éliminer certains individus clés [et] procéder à des perturbations internes en Syrie. La CIA est préparée, et le SIS (MI6) tentera de provoquer des sabotages mineurs et des incidents [sic] en Syrie, en travaillant à l’aide de contacts avec des individus… un degré nécessaire de peur… des conflits frontaliers [mis en scène] fourniront un prétexte d’intervention… la CIA et SIS devraient utiliser… leurs capacités à la fois psychologiquement et d’action sur le terrain pour faire croître la tension ».
Cela fut écrit en 1957, mais cela aurait aussi pu être écrit hier. Dans le monde de l’Empire, rien ne change fondamentalement. En 2013, l’ancien ministre des affaires étrangères français Roland Dumas a révélé que « deux ans avant le printemps arabe », on lui avait dit qu’une guerre en Syrie était planifiée.« Je vais vous dire quelque chose », dit-il dans une interview avec la chaîne française LCP, « j’étais en Angleterre deux ans avant la violence en Syrie pour d’autres affaires. J’ai rencontré des hauts fonctionnaires britanniques qui m’ont avoué qu’ils préparaient quelque chose en Syrie. L’Angleterre préparait l’invasion des rebelles en Syrie. Et ils m’ont même demandé, bien que je ne sois plus ministre des affaires étrangères, si j’aimerais y participer… C’est pour dire que cette opération vient de très loin, elle a été préparée, conçue, organisée » (citation en entier, ici).
Les seuls ennemis effectifs d’ISIS sont diabolisés par l’Occident — la Syrie, l’ran, le Hezbollah et maintenant la Russie. L’obstacle est la Turquie, une « alliée » et membre de l’OTAN, qui a conspiré avec la CIA, le MI6 et les médiévalistes du Golfe pour fournir du soutien aux « rebelles » syriens, dont ceux que l’on appelle aujourd’hui ISIS. Soutenir la Turquie dans sa vieille ambition de domination régionale en renversant le gouvernement Assad entraine une guerre classique majeure et le démembrement terrifiant d’un des états les plus ethniquement diversifiés du Moyen-Orient.
Une trêve — aussi difficile à négocier et à mettre en place fut-elle — est la seule sortie de ce labyrinthe ; autrement, les atrocités de Paris et de Beyrouth se reproduiront. En plus d’une trêve, les auteurs et superviseurs de la violence au Moyen-Orient — les Américains et les Européens — doivent eux-mêmes se « dé-radicaliser » et faire preuve de bonne volonté envers les communautés musulmanes aliénées, partout, y compris sur leur propres territoires.
Il devrait y avoir une cessation immédiate de tous les envois de matériel de guerre à Israël, et la reconnaissance de l’état Palestinien. Le problème de la Palestine est la plaie ouverte la plus purulente de la région, et la justification la plus citée pour l’avènement de l’extrémisme Islamique. Oussama Ben Laden l’avait exprimé clairement. La Palestine offre aussi de l’espoir. Rendez justice aux palestiniens et vous commencerez à changer le monde qui les entoure.
Il y a plus de 40 ans, le bombardement Nixon-Kissinger du Cambodge libéra un torrent de souffrance dont le pays ne s’est toujours pas remis. La même chose est vraie du crime irakien de Blair et Bush, et des crimes de l’OTAN et de la « coalition » en Libye et en Syrie.
Avec un timing impeccable, le dernier livre égocentrique au titre satirique d’Henry Kissinger a été publié, « Ordre Mondial ». Dans une critique servile, Kissinger est décrit comme « un façonneur clé d’un ordre mondial qui est resté stable pendant un quart de siècle ».
Allez dire ça au peuple du Cambodge, du Vietnam, du Laos, du Chili, du Timor oriental et à toutes les autres victimes de son « façonnage ». Ce n’est que lorsque « nous » reconnaîtrons les criminels de guerre parmi nous et arrêterons de nier la vérité que le sang pourra commencer à sécher.