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dimanche 10 janvier 2016

LE MANIFESTE ADRASTIA

Adrastia Club Rome Rapport Meadows 2004-2012
 
 
Nous avons passé le climax de l’évolution humaine. Le « peak » de disponibilité de l’ensemble des ressources nécessaires à notre existence a été franchi et désormais des humains en moins bonne santé devront avec de moins en moins d’énergie et de matières premières tenter de maintenir leur niveau de vie sous la contrainte d’un environnement de plus en plus hostile, au moyen d’infrastructures de moins en moins performantes et stables, par manque de moyens pour assurer leur entretien.
Malgré nos espoirs et nos plus grands talents, nous ne parvenons pas à modifier le cours de notre évolution. Et il n’est plus temps de trop lâchement nous défausser : même si nous nous en défendons nous restons bien tous les acteurs du déclin à venir, que nous soyons un puissant décideur ou un simple citoyen.
Si nous ne pouvons manifestement plus prétendre dépasser notre condition, nous devons désormais anticiper au mieux les difficultés à venir.

***

En 1970 le Club de Rome, un groupe de réflexion composé de scientifiques, d’économistes, de fonctionnaires nationaux et internationaux, commandait au MIT (Massachusetts Institute of Technology) un rapport ayant pour objectif d’estimer des potentialités de développement de l’humanité sur terre, en prenant en compte les facteurs limitants (la disponibilité des ressources, la démographie, la pollution, les rendements agricoles…). Publié en 1972, The Limits To Growth (Les limites de la croissance), aussi surnommé « rapport Meadows », annonce la fin de l’humanité telle que nous la connaissons dans le courant du XXIe siècle. Les révisions de 1993 et 2004 (basées sur la comparaison entre les prédictions et les observations dans le temps) sont venues confirmer ce pronostic, et même constater que le risque avait été sous-estimé.
Bien que le rapport Meadows ait au départ proposé plusieurs scénarios pour l’avenir de l’humanité, prenant en compte notamment les choix politiques et économiques que pourraient opérer les nations, une « date » est apparue comme marquant une transition : les facteurs cumulés de la fin des ressources facilement extractibles, de l’augmentation de la pollution et des dégâts opérés sur l’environnement impliqueraient l’arrêt du développement humain avant qu’un déclin s’engage inévitablement.
Aujourd’hui (mars 2014), c’est un nouveau rapport, en partie financé par la NASA, qui vient confirmer ces sombres prédictions (références en bas de page).
D’aucuns rétorqueront que le pire n’est jamais sûr ou que l’évolution des systèmes complexes est difficile à anticiper. Mais, d’une part, l’imprédictibilité des phénomènes ne signifie en rien que ceux-ci ne soient pas strictement déterminés, potentiellement à notre désavantage, et il existe par ailleurs un faisceau convergent de modèles fiables, d’analyses et de mesures (celles-ci chaque jour plus précises) qui attestent de ce déterminisme évolutif qui nous dépasse et sur lequel nous n’avons que l’illusion de pouvoir exercer une influence :

– Les principes physiques de la thermodynamique, qui impliquent de façon totalement vérifiable que le développement humain ne peut être éternel et que la protection de l’environnement nous est impossible :
  • Premier principe : rien apparaît à partir de rien, tout ce qui est consommé dans un système fini l’épuise.
  • Deuxième principe : les phénomènes sont irréversibles, on ne peut pas réparer la nature et les dégâts s’accumulent strictement.

– Le rapport Meadows évoqué ci-dessus et désormais d’autres études scientifiques complétant et confirmant les résultats de ce rapport.

– Les observations : nous vivons déjà une crise systémique mondiale (économique, financière, sociale, écologique…) que personne ne parvient à résoudre.

– Le bon sens : lorsque les réserves sont vides, les réserves sont vides et la stricte accumulation de la pollution dans un environnement fermé (pollution atmosphérique, marine, mais aussi des terres agricoles…) ne peut qu’entraîner à terme l’auto-intoxication.

Afin de pouvoir nier encore, mais cette fois rationnellement, le déclin à venir, il faudra contredire les modèles et arguments évoqués ici, et en premier lieu les principes thermodynamiques dont découlent naturellement à la fois la réalité et la vérité.
Peu importe la précision de la date qui marquera le début du déclin humain, il faut retenir que le processus qui mènera à cette décadence est déjà engagé et que l’issue est sûre : alors que certains d’entre nous commencent déjà à perdre de leurs avantages (salaires, retraites, accès aux soins…), demain même les plus riches ne pourront maintenir leur niveau de confort et de sécurité, et l’humanité tout entière entrera pour la première et peut-être dernière fois en déclin global.
Acceptant alors que l’humanité n’est pas toute puissante, qu’elle est soumise à des principes qui la dépassent et qui l’obligeront, malgré le déni, à une profonde et certainement douloureuse mutation,Adrastia n’envisage pour autant aucun lâcher-prise et propose à ceux qui le souhaiteront d’anticiper au mieux la dégradation systémique de nos cadres de vie.
Si le bon sens et la science nous font admettre désormais que nous ne pourrons pas éviter l’écueil, des questionnements restent en suspens, auxquels nous nous proposons de réfléchir :

– Comment ?
  • Comment exactement allons-nous ne pas parvenir à éviter notre déclin ?
  • Comment allons-nous aborder non plus seulement notre mort individuelle, mais probablement une mort collective, à grande échelle ?
  • Si les systèmes politiques actuels, déjà remis en cause, ne sont plus pertinents demain, lesquels les remplaceront ? Comment défendre la liberté et la démocratie quand le champ des possibles, c’est-à-dire l’opportunité même du choix, se réduit pour tous ?
  • Comment éviterons-nous ou gérerons-nous la relocalisation des conflits, quand la peur et la faim nous rendront avides des biens de notre voisin, pourtant un ami autrefois ?

– Qui ?
  • Qui aura encore les moyens de pallier la souffrance inhérente à la perte de son confort, à la dégradation de sa santé, à la réduction de sa sécurité ?
  • À plus long terme, si le déclin de l’humanité ne s’accompagne pas d’un vortex d’effondrement écologique entraînant sa disparition totale, quels seront ceux qui nous succéderont ?

Le choix affirmé et assumé de considérer le déclin comme inévitable offre la possibilité de discuter posément et raisonnablement de ces questions.
Par exemple, même si la préconisation sera toujours d’impacter le moins possible l’équilibre écologique vital, il ne sera pas souhaité discuter au sein de l’association la problématique de la protection de l’environnement, nous l’admettons incompatible avec l’existence humaine (quel que soit l’humain considéré, quel que soit son comportement, son impact environnemental n’est jamais neutre – encore moins positif – et les dégâts inhérents à son existence ont des effets globaux strictement cumulatifs). Tant que les possibilités pour l’humain de protéger l’environnement ou d’opérer toute forme de transition énergétique salvatrice n’auront pas été démontrées, elles resteront du registre de l’espoir infondé et illusoire, voire de la croyance, ce dont Adrastia tient à se départir.
Il sera également évité autant que possible toute décharge de responsabilité sur autrui. Si chaque humain impacte négativement l’équilibre écologique vital il ne peut pas honnêtement se délester du poids de son action délétère sur un autre humain arbitrairement désigné plus coupable que lui. L’honnêteté des discours sera un objectif premier.
Enfin, la possibilité d’un libre arbitre, la possibilité pour l’humanité d’influencer son évolution au-delà d’un déterminisme qui la dépasse, qui n’ont fait l’objet d’aucune démonstration scientifique, seront rejetées pour l’établissement de discours et modèles rationnels. Nous devons entendre et accepter que nos plus grands talents, nos plus grands plaisirs et notre capacité même à penser le monde sont des cadeaux qui ont un prix, que nous devrons payer, que nous le voulions ou non, que nous y soyons prêts ou non.
Il n’y a pas de contrition dans l’initiative d’Adrastia, pas de culpabilisation, aucune moralisation. Nous pouvons nous préparer ensemble à ce que nous ne désirons pas, et nous pouvons le faire non seulement en minimisant la souffrance, mais aussi sûrement en maintenant possible notre quête de satisfaction et de plaisir. Si la vie nous fait appréhender l’issue il n’y a pas de raison de ne plus l’aimer, de ne plus nous aimer nous-mêmes, il n’y a pas de raison de ne pas rester dignes et fiers. Il ne serait rien de pire notamment que nos peurs, nos illusions et d’autres de nos faiblesses nous fassent préparer malgré nous ces conflits ultimes que nous craignons depuis si longtemps.

Notre monde se meurt d’une promesse non tenue, celle que nous nous sommes faite parce que nous avons eu la vanité de croire que nous pourrions nous substituer à nos dieux et aux principes de l’évolution pour gouverner nos vies. Comme les pires évènements ne doivent pas nécessairement engager les pires sentiments, nous pouvons désormais nous réconcilier avec ce qui nous a faits et avec nous-mêmes, afin d’apaiser nos angoisses et vivre au mieux, pour le mieux, aussi longtemps que possible.

Consulter aussi la synthèse des données

Références :
– A Minimal Model for Human and Nature Interaction, étude co-financée par la NASA

CONSTRUIRE LE DECLIN // L'EXTERMINATION TOTALE DE L'HUMANITE

"" C'EST LE MALHEUR DES TEMPS QUAND LES FOUS GUIDENT LES AVEUGLES "" Shakespeare

Écologie, éthique et anarchie (entretien avec Noam Chomsky)

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Traduction d’une interview publiée sur le site de TruthOut le 3 avril 2014.

On ne peut mettre en doute ni la gravité ni le rôle central joué par la crise environnementale actuelle. Propulsée par les impératifs absurdes de la croissance à tout prix inhérente au capitalisme, la destruction de la biosphère par l’humanité a atteint, voire dépassé plusieurs seuils critiques, que ce soit en termes d’émissions de carbones, de perte de biodiversité, d’acidification des océans, d’épuisement des ressources en eau ou de pollution chimique. On a pu voir des catastrophes météorologiques s’abattre sur le globe, depuis les Philippines dévastées par le Typhon Haiyan en novembre 2013, jusqu’à la Californie qui souffre en ce moment de la pire sécheresse qu’on ait jamais connue depuis des siècles. Ainsi que l’a montré Nafeez Ahmed, une étude récente publiée en partie par la NASA avertit qu’un effondrement imminent menace notre civilisation si nous ne nous orientons pas vers un changement radical en matière d’inégalités sociales et de surconsommation. Dahr Jamail, qui fait partie de notre équipe, a écrit récemment un certain nombre de textes prouvant la profondeur de la trajectoire actuelle de perturbation anthropique du climat (PAC) et d’écocide global. Dans une métaphore éloquente, il assimile l’accroissement des phénomènes météorologiques de grande ampleur provoqués par la PAC, à l’électrocardiogramme d’un « cœur en fibrillation. »
Plutôt que de conclure que des tendances aussi affligeantes sont une conséquence intrinsèque d’une nature humaine « agressive » et « sociopathe », des observateurs sensés devraient probablement associer l’expansion de ces tendances à la prédominance du système capitaliste. Car, ainsi que Oxfam l’a noté dans un rapport datant de janvier 2013, les 85 individus les plus riches du monde possèdent autant de richesses que la moitié de l’humanité — les 3,5 milliards de personnes les plus pauvres — tandis que 90 corporations sont tenues responsables de deux tiers des émissions de CO2 produites depuis les débuts de l’industrialisation. Donc, comme le prouvent ces statistiques stupéfiantes, les crises écologique et climatique correspondent à la concentration extrême des pouvoirs et des richesses produites par le capitalisme et entérinés par les gouvernements du monde entier. En tant qu’alternative à cette réalité, la philosophie politique de l’anarchisme – qui s’oppose à la fois à la mainmise de l’état et à celle du capital- peut receler de grandes promesses d’amélioration et peut-être même de retournement de ces tendances destructrices. A ce propos, j’ai eu l’aubaine d’interviewer le professeur Noam Chomsky, anarcho-syndicaliste de renom, pour débattre de la question de la crise écologique et de l’anarchisme comme remède. Voici la transcription de notre conversation.
Javier SETHNESS pour TRUTHOUT : Professeur Chomsky, merci infiniment de prendre le temps de débattre avec moi des thèmes de l’écologie et de l’anarchisme. C’est un véritable honneur d’avoir cette occasion de m’entretenir avec vous. Cependant, avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais tout d’abord vous poser une question portant sur l’éthique et la solidarité. Pensez-vous que la notion développée par Emmanuel Kant qui consiste à dire qu’il faut traiter l’humanité comme une fin en soi, ait influencé d’une manière ou d’une autre la pensée anarchiste et anti autoritaire?
NOAM CHOMSKY : Indirectement oui, mais à mon avis sous un angle plus général. De mon point de vue, l’anarchisme procède très naturellement d’un certain nombre de préoccupations et d’engagements majeurs inhérents au siècle des Lumières. Cela a donné lieu au libéralisme classique qui lui-même a été détruit par la montée du capitalisme, les deux doctrines étant en contradiction l’une l’autre. Mais je pense que l’anarchisme est l’héritier des idéaux qui ont été développés de diverses manières au cours du siècle des Lumières, notamment à travers la théorie de Kant. Ces idéaux ont été illustrés par la doctrine du libéralisme classique, se sont échoués sur les récifs du capitalisme et ont été repris par les mouvements de gauche libertaire qui en sont les héritiers naturels. Donc, dans un sens oui, mais c’est plus vaste.
Javier SETHNESS pour TRUTHOUT : Vous avez décrit l’humanité comme étant mise en péril par les tendances destructrices de la société capitaliste — ou ce que vous avez appelé « les démocraties du capital réellement existant » (DCRE, Démocraties du capital réellement existant – un acronyme moquant le « socialisme réel » invoqué à l’Est sous Brejnev, NDT). Notamment, vous avez mis l’accent, dernièrement, sur la brutalité des tendances anti écologiques mises en oeuvre par les puissances dominantes des sociétés colonialistes, ainsi qu’en témoignent l’exploitation des sables bitumeux au Canada, l’exploitation et l’exportation massives de charbon en Australie et, bien sûr, la débauche de dépenses en énergie des Etats-Unis. Vous avez tout à fait raison et je partage vos inquiétudes, ainsi que je l’explique dans : Vie en danger : Révolution contre la Catastrophe Climatique, un livre qui désigne la crise climatique comme étant le résultat de l’excroissance incontrôlable du capitalisme et d’un contrôle de la nature qui se totalitarise. Pourriez-vous expliquer en quoi les DCRE sont en profond désaccord avec l’équilibre écologique?
NOAM CHOMSKY : Les DCRE — ce qui se prononce volontairement « wrecked » (naufrage) [en anglais] — sont une démocratie capitaliste qui existe réellement, une sorte de capitalisme d’état, avec une économie à prédominance étatique mais accordant une certaine confiance aux forces du marché. Les forces du marché existantes sont façonnées et déformées dans l’intérêt des puissants – par la puissance de l’état qui est largement sous le contrôle d’une concentration de pouvoirs privés — donc il y a une interaction étroite. Si vous jetez un œil aux marchés, ils s’apparentent à un mode d’emploi pour suicide. Un point c’est tout. Dans les systèmes de marché, on ne tient pas compte de ce que les économistes appellent externalités. Par exemple, imaginons que vous me vendiez une voiture. Dans un système de marché, nous sommes censés nous préoccuper de nos propres intérêts donc vous et moi tenterons de faire la meilleure affaire chacun pour soi. Nous ne tiendrons pas compte de l’impact que cela aura sur « lui ». Cela ne fait pas partie d’une transaction sur le marché. Et pourtant, il y aura bien un impact sur « lui ». Ce sera la présence d’une voiture supplémentaire sur la route et donc une plus forte probabilié d’accidents, davantage de pollution et davantage d’embouteillages. Pour lui en tant qu’individu, il ne s’agira sans doute que d’une légère augmentation de ces probabilités. Mais cet impact va s’étendre à toute la population. Maintenant, si on examine d’autres sortes de transactions, les externalités prennent beaucoup plus d’ampleur. Prenez par exemple la crise financière. L’une de ses raisons — il y en a plusieurs, mais l’une d’entre elles — disons si le groupe Goldman Sachs effectue une transaction risquée, il — s’il fait attention — couvre ses propres pertes potentielles. Il ne prend pas en compte le risque systémique, c’est-à-dire la possibilité que tout le système s’effondre si une de ses transactions risquées tourne mal. Cela a failli se produire avec l’immense compagnie d’assurance AIG. Elle s’est trouvée impliquée dans des transactions risquées qu’elle ne pouvait pas couvrir. Le système entier était vraiment sur le point de s’effondrer, mais bien sûr le pouvoir étatique est venu à sa rescousse. La tâche de l’état consiste à secourir les riches et les puissants et à les protéger, peu importe si cela viole les principes de marché, on se fiche pas mal des principes de marché. Les principes de marché sont essentiellement destinés aux pauvres. Mais le risque systémique est une externalité qui n’est pas prise en considération, ce qui mettrait à mal le système de façon répétitive, s’il n’y a pas eu intervention de la puissance étatique. Eh bien, il en existe une autre, bien plus importante — c’est la destruction de l’environnement. La destruction de l’environnement est une externalité : dans les interactions de marché, vous n’y prêtez pas attention. Prenez par exemple les sables bitumeux, vous ne tenez tout simplement pas compte du fait que vos petits-enfants pourraient ne pas y survivre — ça c’est une externalité. Et dans le calcul moral du capitalisme, de plus grands profits dans le quart d’heure qui suit ont davantage de poids que le destin de vos petits-enfants — et bien sûr il ne s’agit pas de vos petits-enfants mais de ceux de tout le monde.
Maintenant, les sociétés coloniales sont particulièrement intéressantes à cet égard où elles abritent un conflit. Elles diffèrent de la plupart des formes d’impérialisme. Dans le cas de l’impérialisme traditionnel, par exemple les britanniques en Inde, des bureaucrates, des administrateurs, des corps d’officiers, et ainsi de suite ont été envoyés sur place, mais le pays était dirigé par des Indiens. Dans les sociétés coloniales, les choses sont différentes : on élimine les populations indigènes. Lisez par exemple George Washington, une figure majeure de la société coloniale dans laquelle nous vivons. De son point de vue, et selon ses propres mots, il fallait « extraire » les iroquois. Ils sont sur notre chemin. C’était une civilisation avancée. En fait, ils ont fourni quelques-unes des bases du système constitutionnel américain, mais comme ils gênaient, on devait les « extraire ». Thomas Jefferson, une autre grande figure, a dit, et bien, nous n’avons pas d’autre choix que celui d’exterminer les populations indigènes, à savoir les Indiens. Parce qu’ils nous attaquent. Pourquoi nous attaquent-ils? Parce que nous leur prenons tout. Mais puisque nous leur prenons leur terre et leurs ressources et qu’ils se défendent, nous devons les exterminer. Et c’est exactement ce qui s’est produit : dans presque tout le territoire des États-Unis, une extermination colossale a eu lieu. Il reste quelques résidus mais vivants dans des conditions épouvantables. Même chose pour l’Australie. En Tasmanie, extermination quasi totale. Au Canada, ils n’ont pas tout à fait réussi. Il reste quelques résidus de ce qu’on appelle les Premières Nations, en périphérie. Voilà donc en quoi consistent les sociétés coloniales. Il subsiste quelques éléments de la population indigène, et un des traits marquants de la société contemporaine est que, à travers le globe, au Canada, en Amérique Latine, en Australie, en Inde, dans le monde entier, les sociétés indigènes — ce que nous appelons tribus ou aborigènes ou n’importe quoi d’autre — ce sont elles qui sont en train d’essayer d’empêcher la course à la destruction. Partout, ce sont eux qui mènent l’opposition à la destruction de l’environnement. Dans des pays comportant une population indigène substantielle, comme par exemple l’Équateur et la Bolivie, ils ont adopté des lois, voire des clauses constitutionnelles, exigeant des droits pour la nature, ce qui est en quelque sorte tourné en dérision pays riches et puissants mais ce qui représente un espoir pour la survie de la planète.
L’Équateur, par exemple, a offert à l’Europe — il possède une bonne réserve de pétrole — de laisser le pétrole dans le sol, où il devrait se trouver, à perte pour eux, une énorme perte en termes de développement. La requête était que les européens leur fournissent une fraction — un paiement — de cette perte — une petite fraction — mais les européens ont refusé. Ils sont donc maintenant en train d’exploiter le pétrole. Et si vous allez au sud de la Colombie, vous tomberez sur un peuple indigène, des campesinos, des afro-américains luttant contre l’exploitation des mines d’or qui représente une horrible destruction. Même situation en Australie, contre les mines d’uranium, etc… Dans le même temps, ce sont les sociétés coloniales, qui sont les plus avancées et les plus riches, qui tendent résolument vers la destruction de l’environnement. Donc vous lisez un discours, d’Obama par exemple, à Cushing, dans l’Oklahoma, une sorte de centre où sont regroupées et stockées les énergies fossiles qui y affluent puis sont distribuées. C’était un public de pro-combustibles fossiles. Sous une pluie d’applaudissements, il a déclaré qu’au cours de son mandat, on avait extrait davantage de pétrole que pendant les mandats précédents — pour de nombreuses années. Il a affirmé que le nombre de pipelines était tel, à travers le pays, que partout où vous alliez, vous pouviez tomber dessus. Nous allons bénéficier de 100 ans d’indépendance énergétique. Nous serons l’Arabie Saoudite du 21e siècle — en bref nous ouvrirons la voie au désastre. Pendant ce temps, ce qui subsiste des sociétés indigènes tente d’empêcher la course au désastre. Donc, à cet égard, les sociétés coloniales illustrent de manière frappante la puissance destructrice massive de l’impérialisme européen, ce qui bien entendu nous inclut nous et l’Australie etc… Et il y aussi — je ne sais pas si on peut appeler cela de l’ironie — cet étrange phénomène qui oppose des éléments de la société globale, soi-disant les plus évolués, les plus éduqués, les plus riches essayant de nous détruire tous, et des peuples soi-disant « arriérés », pré-technologiques, qui demeurent en périphérie, essayant de freiner la course vers le désastre. Si un extra-terrestre nous observait, il penserait que nous sommes fous à lier. En fait, c’est vraiment le cas. Mais cette folie se rapporte à la structure institutionnelle de base des DCRE. C’est ainsi que cela fonctionne. C’est intégré dans les institutions. C’est une des raisons pour lesquelles le changement va s’avérer très difficile.
Javier SETHNESS pour TRUTHOUT : Dans Guerre Nucléaire et Catastrophe Environnementale (2013), vous stipulez que la société globale doit être réorganisée de manière à ce que « la protection des ‘communaux’ (les biens qui nous sont communs à tous), devienne une priorité majeure, comme ce fut souvent le cas dans les sociétés traditionnelles. » (1) Vous parvenez à des conclusions identiques dans un essai datant de l’été dernier dans lequel vous mettez en avant l’importance des efforts nécessaires à la défense du parc Gezi à Istanbul, que vous considérez comme faisant partie d’une « lutte dans laquelle nous devons tous prendre part, avec dévouement et résolution, si on veut espérer une survie décente de l’espèce humaine dans un monde sans frontières. » Comment voyez-vous la possibilité d’une transformation sociale totale et la délégation du pouvoir dans un proche avenir — à travers l’émergence et la reproduction durable d’organisations de travailleurs et de communautés, comme dans le modèle économique participatif (parecon), par exemple?
NOAM CHOMSKY : C’est une proposition bien étudiée et détaillée pour une forme de contrôle démocratique des institutions populaires — sociales, économiques, politiques et autres. Et c’est particulièrement bien étudié, détaillé de manière exhaustive. Que ce soit de la bonne manière ou pas, c’est encore un peu tôt pour le dire. J’ai le sentiment qu’un minimum d’expériences doivent être menées pour voir comment les sociétés peuvent et devraient fonctionner. Je reste sceptique sur les possibilités d’en faire une ébauche détaillée à l’avance. Mais il est clair que cela doit être pris au sérieux au même titre que les autres propositions. Mais, une chose, en particulier, me semble un prérequis indispensable à toute vie raisonnable, en plus de l’environnement — il s’agit de la manière dont une société est censée travailler, avec des gens en position de prendre des décisions concernant les sujets qui leur importent. Mais c’est aussi un minimum pour survivre au point où en sont les choses. J’entends par là que l’espèce humaine a atteint un point unique dans son histoire — il suffit d’observer la destruction des espèces, oubliez l’espèce humaine. La destruction des espèces se produit au même taux qu’il y a 65 millions d’années, quand un astéroïde a frappé la planète et anéantit les dinosaures et un nombre considérable d’espèces — destruction massive d’espèces. C’est exactement ce qui est en train de se reproduire en ce moment, et les humains sont l’astéroïde. Et nous sommes sur la liste, pas loin.
Javier SETHNESS pour TRUTHOUT : Dans un discours réédité il y a plus de 20 ans dans le film « La fabrique du consentement », vous décrivez l’hégémonie de l’idéologie capitaliste comme réduisant le monde du vivant de la planète Terre d’une « ressource infinie » en « une poubelle infinie ». Vous aviez déjà identifié à l’époque la tendance capitaliste à la destruction totale: vous parlez de la trame d’annulation de la destinée humaine si la folie du capitalisme n’est pas jugulée d’ici-là, de la possible « phase terminale de l’existence humaine ». Le titre et les idées de « Dominer le Monde ou sauver la Planète » (2003) est dans la continuité et dans « Hopes and prospects » (2010), vous déclarez que la menace qui pèse sur les chances de survie décentes est un facteur externe majeur produit encore une fois par la DCRE. Dans quelle mesure pensez-vous qu’une résurgence de mouvements anarchistes internationaux pourrait répondre de manière positive à des tendances si alarmantes?
NOAM CHOMSKY : Selon moi, l’anarchisme est la forme de pensée politique la plus évoluée. Comme je l’ai dit, l’anarchisme tire des Lumières ses meilleurs idéaux; les principales contributions du libéralisme classique les portent en avant. Parecon, que vous mentionnez, en est une illustration — ils ne se qualifient pas d’anarchistes — mais il y en a d’autres comme eux. Donc, je pense qu’une résurgence de mouvement anarchiste, ce qui serait le summum de l’intellect de la civilisation humaine, devrait se joindre aux sociétés indigènes du monde afin qu’ils n’aient pas à porter seuls le poids du sauvetage de l’humanité de sa propre folie. Cela devrait se produire au sein des sociétés les plus riches et puissantes. C’est une sorte de truisme moral, plus vous avez de privilèges, plus grande votre responsabilité. C’est élémentaire dans tout domaine: vous avez des privilèges, donc des opportunités, donc des choix à faire, donc des responsabilités. Dans les sociétés riches, puissantes et privilégiées comme la nôtre — nous sommes tous des privilégiés ici — nous avons la responsabilité d’être les premiers à tenter de prévenir les désastres que nos propres institutions sociales sont en train de créer. C’est odieux d’exiger, ou simplement d’observer les plus pauvres, les plus opprimés du monde tenter de sauver l’espèce humaine et d’innombrables autres espèces de la destruction. Nous devons nous joindre à eux. Tel est le rôle d’un mouvement anarchiste. […]
Et aussi, cet excellent discours:


vendredi 1 janvier 2016

BONNE ANNEE 2016 A TOUS LES APATRIDES //// ET AUCUNS VOEUX DE BONHEUR AUX PERSONNAGES POLITIQUES FRANCAIS

SOURCE

Commentaire recommandé :
SpectreLe 31 décembre 2015 à 23h29
« Alors M. Hollande, quels sont tous les “crimes constituant une atteinte grave à la vie de la Nation” svp ? »
- Protester contre l’état d’urgence permanent qui-n’est-là-que-pour-protéger-les-Français-dans-le-respect-de-nos-valeurs ;
- Manifester son opposition aux grands projets inutiles ;
- Critiquer le néocolonialisme européen qui condamne les peuples à l’austérité perpétuelle, fait monter les extrême-droites et laisse crever des gosses sur les rivages de la Méditerranée (au nom des grandes valeurs humanistes de la civilisation européenne) ;
- Soulever des “questionnements insupportables” quant au deux poids, deux mesures systématiquement appliqué par l’orthodoxie médiacratique (on attend avec impatience les blagues scatologiques de Charlie Hebdo lors des prochains attentats en France, ou bien c’est réservé aux humains de seconde zone que sont les Russes ?…) ;
- Soutenir que la France pourrait être autre chose que le caniche des USA ou de l’Allemagne ;
- Ne pas voter “front républicain” contre le grand loup ô combien menaçant avec ses 2 députés ;
- Parler des centaines de milliers de chômeurs supplémentaires sous Caton le Fourbe ;
- Déclarer que notre ennemi, c’est la finance ;

Je voulais finir l’année sur les journalistes (et me reposer un peu), et voilà ce que ça continue.

I. Jean-Vincent Placé veut re-créer des apatrides

Et voilà donc que Jean-Vincent Placé a plaidé pour « une mesure qui soit réellement égalitaire pour l’ensemble des Français ».
« Je souhaite qu’on réfléchisse à étendre, y compris la déchéance de nationalité, aux Français uniquement Français, je sais la difficulté de créer des apatrides, il y a un vrai débat de convention internationale», a-t-il expliqué.
Qu’une personne naturalisée française tienne ce genre de propos, les bras m’en tombent…
Un ministrable, ça ose tout, c’est même à ça qu’on le reconnait…
Nathalie Nathalie Kosciusko-Morizet précise (Source : un bon article du Lab Europe 1, allez le lire)
“Je trouve personnellement assez cohérente la déchéance de nationalité pour tous ceux, Français de naissance ou pas, binationaux ou pas, qui auraient commis des actes terroristes.”. Hmmm…
Mais même Chevènement s’y met…
Réfléchir à une commission d’enquête sur les errements de la Diplomatie française, non, mais sur ça, oui…
C’est tout le problème, quand on cède sur un principe (“PAS de déchéance de nationalité, JAMAIS, pas bien”), le bras finit happé : on prend tout le monde, on créé des apatrides, on étend aux assassins d’enfants, puis de policiers, puis de simple citoyen, puis on passe aux viols etc etc. Il ne peut y avoir de fin dans la surenchère.
Vous noterez que le FN joue cartes sur tables, lui :
En tous cas, on se prépare : au prochain attentat (oui, parce qu’on s’agite sur un sujet de principe important, mais qui n’aurait pas empêche les attentats, et qui n’en empêchera jamais aucun), retour du débat sur la peine de mort – mais attention, juste pour y réfléchir, hein…
Archive :
Comme quoi, l’indignité est intemporelle…

II. Mais oui, on peut créer des apatrides..

Une juriste lectrice du blog a attiré mon attention (merci) sur le fait que le fait de créer des apatrides n’était a-priori pas interdit par le droit international auquel est soumis la France (notez, en général, quand un politicien parle “du droit international” ou “de toutes les lois internationales”, c’est souvent faux. Demandez toujours qu’il cite 1 ou 2 textes et vérifiez…)
On parle en effet en général :
Article 15
1. Tout individu a droit à une nationalité.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité.
Mais elle n’a aucune valeur contraignante, ni portée juridique réelle, elle est une proclamation de droits comme les nombreuses résolutions votées par l’Assemblée Générale de l’ONU.
2/  La Convention relative au statut des apatrides de 1954 vise à améliorer les conditions des apatrides, particulièrement vulnérables, en les assimilant à des réfugiés et non à interdire leur existence.
Art 8-1 : “Les États contractants ne priveront de leur nationalité aucun individu si cette privation doit le rendre apatride.”
mais aussi :
Art 8-2 : “Nonobstant la disposition du paragraphe 1 du présent article, un État contractant peut conserver la faculté de priver un individu de sa nationalité s’il procède, au moment de la signature, de la ratification ou de l’adhésion, à une déclaration à cet effet spécifiant un ou plusieurs motifs, prévus à sa législation nationale à cette date et entrant dans les catégories suivantes: a) Si un individu, dans des conditions impliquant de sa part un manque de loyalisme envers l’État contractant,
i) A, au mépris d’une interdiction expresse de cet État, apporté ou continué d’apporter son concours à un autre État, ou reçu ou continué de recevoir d’un autre État des émoluments, ou
ii) A eu un comportement de nature à porter un préjudice grave aux intérêts essentiels de l’État;
Et justement, la France a fait usage de cette faculté lors de sa signature, par une réserve :
 ”Au moment de la signature de la présente Convention, le Gouvernement de la République française déclare qu’il se réserve d’user, lorsqu’il déposera l’instrument de ratification de celle-ci, de la faculté qui lui est ouverte par l’article 8, paragraphe 3, dans les conditions prévues par cette disposition.
Mais il n’a même pas eu à le faire, vu que, si la France a signé la Convention en 1962, elle ne l’a jamais ratifiée, donc elle n’a aucune force légale en France
(Source : ONU ici et là. Seuls les pays en vert foncé ont ratifié la Convention de 1961 qui leur est donc applicable – c’est pas lourd…)
4/ La Convention européenne sur la nationalité de 1997, du Conseil de l’Europe :
Art 7 : Un État Partie ne peut prévoir dans son droit interne la perte de sa nationalité de plein droit ou à son initiative, sauf dans les cas suivants :
a acquisition volontaire d’une autre nationalité;
b acquisition de la nationalité de l’Etat Partie à la suite d’une conduite frauduleuse, par fausse information ou par dissimulation d’un fait pertinent de la part du requérant;
c engagement volontaire dans des forces militaires étrangères;
d comportement portant un préjudice grave aux intérêts essentiels de l’Etat Partie;
e absence de tout lien effectif entre l’Etat Partie et un ressortissant qui réside habituellement à l’étranger;
f lorsqu’il est établi, pendant la minorité d’un enfant, que les conditions prévues par le droit interne ayant entraîné l’acquisition de plein droit de la nationalité de l’Etat Partie ne sont plus remplies;
g adoption d’un enfant lorsque celui-ci acquiert ou possède la nationalité étrangère de l’un ou de ses deux parents adoptifs. [...]
3 Un Etat Partie ne peut prévoir dans son droit interne la perte de sa nationalité en vertu des paragraphes 1 et 2 de cet article si la personne concernée devient ainsi apatride, à l’exception des cas mentionnés au paragraphe 1, alinéa b, de cet article.
La, pour le coup, c’est clairement interdit sans aucune exception.
Sauf que la France l’a signé en 2000, mais toujours pas ratifié…

donc là encore, ça ne concerne pas la France…
5/ De toutes façons, si un traité concernait la France, il lui suffirait de le dénoncer ou de rajouter une réserve, si elle le voulait.
Il n’y a aucune protection à attendre de ceci…
À lire les commentaires, on serait pieds et poings liés par un traité international ad vitam aeternam, c’est incroyable de méconnaissance du Droit…
P.S. Au passage, un intéressant témoigne sur les apatrides ici, sur Slate (ils bossaient bien les médias, en 2010…).

III. M. Hollande, expliquez-vous…

M. Hollande, j’ai repris votre discours au Congrès le 16 novembre. On y lit que vous voulez appliquer la déchéance à des personnes nées françaises (vous insistez bien sur cette innovation que même le FN n’avait jamais avancée, remettant en question le droit du sol ET le droit du sang, vu que des fils de Français seront concernés), mais dites surtout que cela s’appliquera pour  :
“ un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme”
Terrorisme, je vois assez bien (bon le concept est certes discutable, mais le code pénal le définit assez bien comme commettre des attentats), mais c’est quoi exactement “une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation” ?
Alors M. Hollande, comme vous maintenez votre position (c’est le problème des gros faibles pathologiques ; de temps en temps, ça prend un décision à la dernière seconde, mauvaise évidemment, et alors, ça s’entête pour prouver que ça existe…), pourriez-vous nous indiquer dans quels cas ceci est censé s’appliquer HORS terrorisme svp ?
D’autant que votre projet de loi constitutionnelle, fait encore plus fort, vu qu’il n’y a même plus le mot “terrorisme” dedans :
Donc déchéance pour :
“une personne née française qui détient une autre nationalité peut être déchue de la nationalité française lorsqu’elle est condamnée pour un crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation“
Alors M. Hollande, quels sont tous les “crimes constituant une atteinte grave à la vie de la Nation” svp ?
On ne peut le savoir à ce stade…

En tous cas, chapeau Daech, votre plan se déroule sans encombre – comme celui de Ben Laden en 2001, quelle victoire ! -, vous aurez donc réussi à nous faire changer notre Constitution avec 10 hommes.

IV. In Memoriam 

Car ça peut aller chercher loin les “atteinte grave à la vie de la Nation”, selon la personne qui en décide…
Loi du 23 juillet 1940 relative à la déchéance de la nationalité française des personnes ayant quitté la France (JO du 07/1940)
Nous, Maréchal de France, chef de l’Etat français,
Le conseil des ministres entendu,
Décrétons :
Article premier. – Tout Français qui à quitté le territoire français métropolitain entre le 10 mai et le 30 juin 1940 pour se rendre à l’étranger sans ordre de mission régulier émanant de l’autorité compétente ou sans motif légitime sera regardé comme ayant entendu se soustraire aux charges et aux devoirs qui incombent aux membres de la communauté nationale et par suite avoir renoncé à la nationalité française.
Il sera, en conséquence, déchu de cette nationalité par décret rendu sur le rapport du garde des sceaux, ministre secrétaire d’État à la justice.
Cette mesure prendra effet à partir du jour fixé par le décret et pourra être étendue à la femme et aux enfants qui ont suivi l’intéressé.
Art. 2. – Les biens appartenant à ceux contre lesquels la déchéance de la nationalité française aura été prononcée par application de l’article précédent seront, à la requête du ministère public, placés sous séquestre par ordonnance du président du tribunal civil du lieu de leur situation.
Cette ordonnance sera publiée par décret au Journal officiel.
Il sera, à la requête du ministère public, procédé, à l’expiration d’un délai de six mois à dater de l’insertion de l’ordonnance, à leur liquidation, sous l’autorité du président du tribunal civil et sous la surveillance du ministère public.
Le solde du produit de la liquidation sera versé à la caisse du Secours national.
Art. 3. – Le présent décret sera publié au Journal officiel et exécuté comme loi de l’État.
Hommage donc à :
8 décembre, Charles de Gaulle, parti  en Angleterre (condamné à mort dès le 12 aout) :