Mesdames Le Pen, si je prends le temps de vous écrire, croyez-moi, ce n’est pas parce que je vous admire. Loin de là. Je regrette même le temps que je consacre à la rédaction de cette lettre qui vous est adressée par un jeune franco-sénégalais, qui assume son africanité, aime la République et respecte toutes celles et tous ceux qui respectent ses valeurs fondamentales : Liberté, Égalité et Fraternité (de la même façon que j’exalte la devise du Sénégal : Un Peuple, Un But, Une Foi). Cela dit, je ne vous dois aucun respect dans la mesure où les trois valeurs de la République n’ont aucun sens pour vous.
Mesdames, je vous écris, pas en tant que musulman, mais en tant que citoyen lambda. Et si je le fais c’est parce que j’exalte la liberté et je glorifie l’homme quelles que soient sa religion, sa langue ou sa couleur de peau. Par conséquent, je me dois, en tant que citoyen lambda, mais surtout en tant qu’être humain conscient de son humanité, de me battre pour les libertés individuelles et collectives, qui sont, je le rappelle, protégées par la loi.
Vous qui, semble-t-il, tenez beaucoup à la France et vous souciez de son histoire et de sa culture, je vous rappelle que ce pays a connu une phase qui fut déterminante pour son orientation politique. 1789 a vu naître un texte fondamental et qui révolutionnera tout un peuple : je parle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. L’article 1er de la Déclaration stipule que « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » Libres et égaux en droits, voilà ce que dit le texte.
Marion, vous qui tenez à cette tradition, au nom de quoi vous dites que les musulmans peuvent être considérés français sous je ne sais quelle condition ? Rassurez-moi, vous n’ignorez pas cette tradition qui veut que « tous les hommes demeurent libres et égaux » ? Rassurez-moi, vous n’ignorez pas non plus l’article II selon lequel « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. »
Cette liberté, pour laquelle des gens sont morts, englobe toutes les libertés, y compris les libertés religieuses. Je reste encore dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi » ; c’est l’article X.
Mesdames  « Les peines », nous vivons dans un pays où seule la loi a son mot à dire. Nous vivons dans un pays dont les valeurs sont protégées par la constitution, laquelle constitution affirme dans l’article I que « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. » Rassurez-moi et dites-moi que vous connaissez au moins cet article.
Mesdames « Les peines », nous vivons dans un pays où la souveraineté revient au peuple, et seulement au peuple. Le principe fondamental de ce pays est le « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », tel qu’on peut le lire dans la constitution française que vous connaissez, je l’espère. Ce peuple, que vous le vouliez ou non, que vous l’acceptiez ou non, comprend des arabes, des noirs, des métisses, des blancs, etc., et ils sont tous égaux devant la loi de la République qui est la seule à régir la vie de la cité.
Vous me direz certainement que cette vision d’une France multiculturelle et multiethnique est une construction purement moderne et qu’elle fait table rase de toute une histoire. Et moi je vous répondrai, en m’associant à Renan qu’il  « n’y a pas en France dix familles qui puissent fournir la preuve d’une origine franque, et encore une telle preuve serait-elle essentiellement défectueuse, par suite de mille croisements inconnus qui peuvent déranger tous les systèmes des généalogies. »
Vous me direz certainement, comme l’autre, que la France est de race blanche. Et moi je vous répondrai, comme Renan, qu’il « n'y a pas de race pure et que faire reposer la politique sur l’analyse ethnographique, c’est la faire porter sur une chimère. Les plus nobles pays, toujours selon Renan, l’Angleterre, la France, l’Italie (un avis que je ne partage évidemment pas), sont ceux où le sang est le plus mêlé. » D’ailleurs, vous savez quoi ? Moi qui suis aussi Sénégalais, ça m’amuse toujours de taquiner mes amis Alsaciens que je rencontre à l’Université de Strasbourg, à qui je dis souvent que lorsque les quatre communes du Sénégal faisaient partie de la France, la région alsacienne était allemande. Et je vous assure, ça ne les vexe pas, même s’ils savent très bien que ces gens, qui étaient français avant eux, étaient des nègres comme moi. Que vous le vouliez ou non.
Moi je vis pour progresser. J’ai horreur des discours moyenâgeux. Et, comme Renan, moi aussi je pense qu’autant « le principe des nations est juste et légitime, autant celui du droit primordial des races est étroit et plein de dangers pour le véritable progrès.»
Vous allez certainement me dire que la France est judéo-chrétienne et que l’islam est une religion importée. Mais ayant consulté l’acte de naissance de Jésus ainsi que la carte d’identité de Moïse, je me suis rendu compte qu’aucun des deux n’est né à Paris. Par conséquent, les deux religions sont, comme l’islam, de simples importations. Je dis ça et je ne dis rien !
Qu’est-ce que la France alors ? La France est une république laïque. Qu’est-ce que la Laïcité ? « Dans le rapport qu’il a consacré en 2004 à la laïcité, le Conseil d’État souligne que celle-ci ‘‘doit à tout le moins se décliner en trois principes : ceux de neutralité de l’État, de liberté religieuse (et pas seulement liberté de conviction comme le disent souvent les laïcistes) et de respect du pluralisme. » (Jean-Marie Woehrling, « Laïcité, Neutralité », in, Francis Messner, Dictionnaire de Droit des Religions, CNRS, 2010, p.436)
Qu’est-ce que la France ? La France est une nation. Et qu’est-ce qu’une nation ? Je fais encore appel à Renan « L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. »
Mesdames « Les peines », je ne vous parlerai pas des valeurs humaines que défendent les institutions européennes et qui se résument dans la Convention européenne des droits de l’Homme, parce que vous vous moquez royalement de l’Europe. Vous divinisez la fermeture, et moi j’exalte l’ouverture. Vous pensez seulement à vous et moi je pense à l’humain. Cela dit, j’ai beaucoup médité sur vos discours de haine mais j’ai du mal à suivre votre logique. Vous ne voulez pas d’immigrés en France, après tout pourquoi pas ?. Mais allez au moins jusqu’au bout de votre logique. Tout citoyen français, et ça vous le savez très bien Mesdames, peut aller au Sénégal, au Maroc et dans beaucoup d’autres pays, quand il veut et sans avoir besoin d’un visa ni d’une quelconque autorisation de la part des autorités de son pays de destination. Arrêtez de crier « ils viennent, ils viennent » tout en essayant d’oublier les citoyens français qui partent chez les autres sans même leur demander leur avis parce qu’ils ont le bon passeport. Vous êtes l’incarnation de la défaite de la pensée !
Vous pensez que les immigrés (et le musulman pour faire court) sont les causes de tous les maux de la société. Mais savez-vous que c’est la station Total qui vend du carburant à des milliers de chauffeurs sénégalais ? Mais peut-être vous ne voyez pas ces autres français qui partent et exploitent les autres populations. Vous ne voyez que ceux qui viennent. Charmant l’humanisme !
Marine, vous dites que « Le rôle de la région n’est pas de payer des moustiquaires aux détenus au Sénégal » ? Vous avez certainement raison. Je pense que les Sénégalais pourront se passer de vous. Mais savez-vous que 14 pays africains utilisent encore le Franc CFA que leur avait imposé le pouvoir colonialiste ? (Au passage, Franc CFA voulait dire franc des colonies françaises d’Afrique). Si Madame, vous le savez très bien. Vous savez aussi que ces 14 pays sont obligés par la France, à travers le pacte colonial, de mettre 50% de leurs réserves à la banque centrale de France sous le contrôle du ministère des finances français. (pour plus de précisions : http://www.mondialisation.ca/le-saviez-vous-14-pays-africains-contraints-par-la-france-a-payer-limpot-colonial-pour-les-avantages-de-lesclavage-et-de-la-colonisation/5369840; ou encore https://fr.wikipedia.org/wiki/Franc_CFA).
Cela fait des millions d’euros, Madame, qui n’appartiennent ni à la France ni à la région que vous allez sûrement diriger. Par conséquent, je vous pose les questions suivantes : êtes-vous prête à rembourser à ces 14 pays tout leur argent qui ne cesse de s’accumuler, depuis 1960, et qui se trouve sous contrôle du ministère des finances ? La France importe au moins 29.9% de ses besoins en pétrole du continent africain (voir pour plus de précisions : http://www.connaissancedesenergies.org/d-ou-vient-le-petrole-brut-importe-en-france-120209).
Seriez-vous prête à rompre toutes ces relations pour voir la France sombrer dans un effondrement économique sans précédent ? J’attends vos réponses ! Mais en attendant que vous arrêtiez d’exploiter et d’appauvrir l’Afrique, les Africains ont bien le droit de venir tenter leur chance en France.
Mesdames « Les peines », quand je vous entends parler et j’entends ce que vous dites sur les autres qui ne vous ressemblent pas, je pense à ces propos d’Aimé Césaire : « Quand je tourne le bouton de ma radio, que j’entends qu’en Amérique des nègres sont lynchés, je dis qu’on nous a menti : Hitler n’est pas mort ; quand je tourne le bouton de ma radio, que j’apprends que des juifs sont insultés, méprisés, pogromisés, je dis qu’on nous a menti : Hitler n’est pas mort ; que je tourne enfin le bouton de ma radio et que j’apprenne qu’en Afrique le travail forcé est institué, légalisé, je dis que véritablement, on nous a menti : Hitler n’est pas mort. » Si j’ai tenu à citer ces propos de Césaire, c’est parce que, moi aussi, quand je vous écoute, je me dis qu’on nous a franchement menti : Hitler n’est pas mort.
Mesdames « Les peines », si je prends le temps d’écrire cette lettre ouverte, ce n’est pas parce que je vous admire ou que j’ai envie de faire une critique de vos discours, ce qui m’obligerait à me rabaisser à votre niveau et, croyez-moi, je n’en ai pas le temps. D’ailleurs, au moment où j’écris ces lignes, je suis en train d’écouter la chanson de Diam’s : « Marine, tu sais ce soir ça va mal j’ai trop de choses sur le cœur donc il faudrait que l’on parle, Marine, si je m’adresse à toi ce soir C’est que t’y es pour quelque chose : t’as tout fait pour qu’ça foire (…) Marine, Pourquoi es-tu si pâle ? Viens faire un tour chez nous c’est coloré, c’est jovial.  Marine, J’aimerais tellement que tu m’entendes,  Je veux bien être un exemple quand il s’agit de vous descendre. Marine, Tu t’appelles Le Pen, N’oublie jamais que tu es le problème, D’une jeunesse qui saigne.»
Si j’ai décidé de faire parler ma plume, c’est juste parce que je pense à ces braves gens à qui vous avez menti ; à ces braves gens qui, comme moi d’ailleurs, ne se reconnaissent plus dans la politique des « Républicain » et du « Parti Socialiste ». Je lance un appel fraternel à ces gens et leur dis : ne croyez pas aux arnaques du Front National, à leurs discours anticonstitutionnels (comme la préférence nationale). Mes chers frères et sœurs en humanité, vous qui croyez que vous serez sauvés par le Front National, sachez que ce parti a déjà mis le doigt sur la gâchette. Et la balle qui va partir ne porte que le message de la mort.
J’ai un seul et unique but dans ma vie, et je le partage avec Frantz Fanon : « Que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est-à-dire de moi par un autre. Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme où qu’il se trouve. » Et je vois que le Front National s’oppose à mon but. Puis-je compter sur vous, chers frères et sœurs en humanité, vous qui croyez en ce parti ?